Quand la loyauté paye!

Publié le par Patrice Dusablon

Par Patrice Dusablon et Thierry Le Bras

 

La loyauté de Jenson Button envers Honda fut toujours exemplaire. Bien élevé, toujours policé et respectueux de l’équipe dans ses déclarations, Jenson s’impliqua énormément chez Honda. Il a toujours été convaincu que Honda le conduirait au titre, ce qui valut notamment l’épisode du « Buttongate ». Mais l’épisode Honda s’avéra en réalité nuisible à sa carrière. Honda n’a jamais livré la machine de guerre attendue par Jenson Button, qui a dû manger son pain noir en 2007 et 2008 "Les deux dernières années ont effectivement été très dures, pour Barrichello et moi. Conduire la voiture la saison passée n'était pas de tout repos. Nous ne savions pas ce qui allait se passer à chaque virage. Nous savions qu'il y avait des gens très talentueux dans l'équipe. Mais nous n'avons pas produit la voiture que je pensais que nous aurions la saison dernière. Nous avons tout mis dans celle-ci. Vous pouvez voir que le résultat est bon." 

 

Une première victoire tant attendue!

 

Son choix d’écurie lui valut même le record du pilote ayant couru le plus grand nombre de Grands-Prix avant sa première victoire. Une statistique nullement représentative de son talent. La perspective qu’il se retrouve au « chômage » en laissant l’image d’une carrière qui se termine en queue de poisson fut douloureuse pour ses fans. Mais Jenson a continué d’y croire et lorsqu’il vit les chronos des premiers essais 2009, il n’en croyait pas ses yeux "Nous devrions être les perdants, étant une équipe privée avec un moteur client, mais en regardant les  chronos des essais, nous ne le sommes pas. Je ne sais pas si nous sommes les favoris mais c'est sympa de savoir que nous avons une voiture compétitive." Maintenant qu’il a disposé d’une voiture digne de son talent, on ne saurait lui en vouloir d’avoir dominé la première moitié de saison. Il fut très patient avant de se retrouver là. 

 

Le triumvirat de la saison 2009

 

Jenson Button est le premier d’une génération de Baby pilotes talentueux. D’autres n’allaient pas tarder à suivre. Le jeune prodige de la saison 2000, qui entame sa dixième saison en F1, eut enfin une voiture compétitive à sa disposition et on voit qu’il a pu faire le travail. Il se montra franchement dominateur dans la première moitié de saison, où il a démontré qu’il pouvait résister à la pression, bien réagir aux événements imprévus et s’imposer de façon très dominante. Button a pleinement mérité ce qui lui arrive cette année, après avoir tout misé sur cette équipe… qui l’a souvent déçu dans la passé, rappelons le! Et il ne s’en est jamais caché depuis sa victoire à Melbourne "Notre première course est un conte de fée. J'espère que nous pourrons continuer ainsi. Je sais que nous allons nous battre pour que cette voiture reste compétitive. Nous devons la maintenir aux avant-postes avec nos ressources limitées. Toute l'équipe a beaucoup travaillé. Cela doit se poursuivre. Je pense que nous méritons ce qui nous arrive." Et cela s’est poursuivi, jusqu’à Silverstone…

 

…mais ce fut suffisant! Car la seconde moitié fut malheureusement en dessous des attentes. Souvent bousculé par son coéquipier, plusieurs fois à l’agonie dans ses réglages, Jenson vit les qualités qui lui avaient permis de gagner 6 victoires en sept courses se retourner contre lui. Ayant un style pilotage très coulé, qui utilisait pleinement l’avantage aérodynamique des Brawn, il exposa avec brio sa maîtrise de la trajectoire idéale. Mais sur piste froide ou détrempée, Button peina à chauffer ses pneus ou à trouver les réglages idoines pour son style de pilotage, alors que son coéquipier su bien tirer son épingle du jeu dans cette situation. "Quel que soit mon rythme, je rencontrais des problèmes en qualifications qui gâchaient ma course. Mentalement, cela faisait du mal, pas seulement parce que je ne tirais pas le meilleur de la voiture, mais aussi parce que je lis beaucoup de journaux, de magazines, où les commentaires étaient négatifs" a révélé Button.

 

Avec une seconde moitié de saison décevante, Jenson Button fit bien sûr l’objet de critiques fulgurantes. La F1 est un monde sauvage toujours prêt à lapider ceux qui perturbent les pronostics et les attentes des plus riches. Cette situation l’affecta évidemment. Les pilotes sont des êtres humains, ne l’oublions pas. Après avoir écrit des titres comme « Le nouveau Schumi, c’est lui! », la presse spécialisé qui a la mémoire courte, comme plusieurs fans d’ailleurs, s’est mise à le taxer d’épicier et à remettre en cause autant son mérite que ses chances de remporter. "C'était dur. J'ai peut-être agi comme si cela ne m'importait pas. Mais en fait, je ne voulais pas admettre mes faiblesses, montrer que cela me blessait. Je comprends qu'il est excitant de parler du fait que je perdais mon avantage cette saison, que je n'allais pas être champion. Mais cela n'importe plus. Car je suis champion du monde. Et cela, vous ne me l'enlèverez pas" 

 

"I'm the world champion"

 

Voilà qui est bien dit! Car malgré quelques langues de vipères, le succès acquis et mérité de Button est reconnu "Jenson a réalisé un super travail. Je voudrais le féliciter. Je pense qu'il dormira mieux maintenant, parce qu'il a été incroyablement nerveux, sans aucun doute", a remarqué Mark Webber (Red Bull), vainqueur à Interlagos. "Jenson est un pilote fantastique a il a couru une superbe course en terminant 5e dimanche, particulièrement après ses qualifications difficiles. Il savait ce qu'il devait faire et il l'a fait. Il est un champion du monde très méritant", a estimé son patron, Ross Brawn. Ce n’est surement pas pour rien que Martin Whitmarsh, team principal de McLaren Mercedes, a refusé de démentir que son équipe était en discussion avec le nouveau champion du monde Jenson Button pour 2010. Même si Kimi reste le favori pour rejoindre les gris, au bout du compte on voit que Button a toujours la cote pour les teams manager!

 

Il y a de quoi être fier!

 

Si Jenson a tout misé sur l’équipe de Brackley, John Button a toujours soutenu son fils. Toujours présent dans les stands comme Anthony Hamilton, le père de l’autre pilote britannique de la F1. La comparaison entre les papas des champions du monde anglais se limitera cependant à l’amour pour leurs fils et à leur présence sur les courses. Car si Anthony Hamilton a découvert la course avec son fils et s’est impliqué dans les aspects financiers de sa carrière, John est foncièrement un pilote anglais mû par le fighting spirit hérité des glorieux aînés qui firent la réputation des pilotes britanniques. John s’est distingué en Rallycross, une discipline de furieux. Il sait ce que ressent un pilote quand il pose les fesses dans un baquet. Il connaît la joie immense de franchir la ligne d’arrivée en tête comme les week-ends où tout va mal, dès le début de la séance d’essai jusqu’au dimanche soir. Puis John Button s’est intéressé au karting. Il a préparé les karts de Jenson, l’a amené de course en course, a préparé d’autres karts pour faire bouillir la marmite. Car contrairement à ce qu’ont parfois voulu faire croire certains détracteurs, Jenson n’a rien d’un enfant gâté. Son père et lui ont connu des périodes financièrement difficiles, des moments où il fallait emprunter aux copains pour mettre du carburant dans le camion pour rentrer le dimanche soir après les courses. Jenson a été élevé par son père après le divorce de ses parents. Le père et le fils ont traversé beaucoup d’épreuves ensemble. Et ils ont vécu ce qui soude le mieux un père et un fils, le partage d’une passion. Une relation qui explique aussi pourquoi John Button, quoique très présent, ne donne jamais l’impression d’empiéter sur la liberté de son fils ni d’entraver sur son épanouissement. 

 

John Button au volant de sa Golf en Rallycross

 

John Button a souffert pour son fils durant les années 2007-2008. Il était connu des journalistes pour répéter sans cesse « cette voiture est une merde » quand il parlait des deux dernière Honda. Mais après ces années de déception, il peut enfin se réjouir "Ça ne semble pas réel pour le moment" avouait-il au magazine anglais Autosport. "C'était très émouvant, de toute évidence, dans les derniers tours, quand j'ai réalisé que ça allait arriver. C’est vraiment une sensation bizarre! Je ne sais pas ce qui nous attend, ce qui arrivera maintenant, mais il est champion du monde. C’est un peu étrange, parce qu'il est juste mon fils" ajoutait John.

 

Et après le « calvaire » de l’intersaison 2008-2009, il est normal que John Button admette  qu’imaginer son fils champion du monde le laissait dans un état totalement surréaliste après un long hiver où la famille Button ne savait pas de quoi serait fait leur avenir en F1! "L’intersaison a été terrible" ajoutait-il. "Face à Jenson, j’ai toujours été positif, mais je craignais que ça soit fini. Il est encore jeune, et je pensais : mais qu'est-ce que je vais faire de lui ? Tout ce qu'il sait faire, c'est la course. Mais il a gardé confiance, et il avait raison."  

 

Une belle complicité qui débuta il y a longtemps

 

Enfin John Button, qui a guidé la carrière de son fils depuis le karting jusqu’à la F1, avouait qu'il ne l’avait jamais vu aussi heureux : "Je ne l'ai jamais vu comme ça. Il m’a serré si fort, il pleurait de joie et criait sans cesse "Je suis champion du monde." Et c’est ce qu’il est! Jenson est un champion du monde de F1 pour toujours, pas seulement pour un an, il le sera dans les livres d'histoire, c’est ce que nous voulions" concluait « papa Button »!

 

Et j’espère que personne ne lui en voudra d’être heureux! Car c’est cet ancien pilote de Rallycross qui a inspiré l’approche de la course et de la compétition automobile à Jenson. L’esprit du Rallycross c’est « la guerre sur la piste, mais le respect et l’amitié en dehors », affirme Jean-Luc Pailler, onze fois Champion de France et une fois Champion de France de Rallycross. C’est tout à fait Jenson ! Une partie de sa philosophie de la course est probablement liée à ce que lui a inculqué son père qui avait appris la compétition dans ce milieu.

 

Mais au bout du compte, c’est surement pour ça que les fans de Jenson sont restés fidèles à leur pilote malgré les déboires des années Honda! Son attitude, sa personnalité attachante, sa philosophie face à la course et son comportement dans les moments difficiles. Et aujourd’hui, ses fans peuvent se dire « enfin, Jenson l’a fait »!!! Button est champion et bien qu’il lui ait fallu dix ans, il sera maintenant champion à jamais! Car il ne fait pas de doute que ses choix d’écuries ont joué un plus grand rôle dans ses résultats que son talent de pilote. Button est un pilote loyal, ce qui lui valu ces résultats médiocres en 2007-2008. Mais en 2009, il fut enfin récompensé pour les fois où il mangea son pain noir en course par le passé. 

 

Le « gros ours » et Jenson

 

Ses fans ne sont donc nullement surpris qu’il soit champion cette année, pour la première fois qu’il disposait d’une voiture pour le faire. Celui qui le résume le mieux est surement Nick Fry "Jenson a encaissé beaucoup de coups au cours des dernières années, il était dans une situation où il aurait été facile de tout envoyer à la poubelle. Il est juste resté le même, il est resté concentré et a géré le problème de manière très intelligente" soulignait Fry. "Il ne me surprend pas du tout – nous ne sommes pas mariés, mais nous sommes ensemble depuis longtemps maintenant et j’ai toujours senti qu'il pouvait le faire. Je crois qu'il vient de démontrer à tout le monde ce qu'il peut faire, et les sceptiques qui disait qu’il n’y arriverait pas - ou qu’il n'était pas assez agressif – qu’ils avaient tort" concluait-il.

 

Comme dans la course automobile en général, la F1 est un sport d’équipe. Button a prouvé en 2009 qu’il pouvait être un chainon important d’une équipe de F1. Et heureusement pour lui, Ross Brawn était de la partie! Toute organisation a besoin de chef solide pour atteindre le sommet dans son domaine. Et l’arrivée du « gros ours » à Brackley démontre bien que c’est ce qui manquait, depuis le départ de David Richards, à l’équipe en laquelle Jenson a cru… Une équipe qui le couronna finalement champion!

 

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