Rounds chocs pour Ronnie

Publié le par Patrice Dusablon

Par Thierry Le Bras

http://circuitmortel.hautetfort.com

 

Un parallèle saisissant entre la violence des sports de combat et la course automobile, la trahison d’une jolie femme, de nombreuses photos d’Alfa Roméo en course, voilà le menu de cette nouvelle aventure de Ronnie, le gentleman driver au gros cœur qui pilota de nombreuses voitures dont une Alfa GTZ, une Chevrolet Camaro groupe 1 et une Mercedes 190 ex Production. Une nouvelle fois, Éric et Dom racontent leur ami Ronnie.

 

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Les passionnés de course auto le savent, mieux vaut être bien armé pour la lutte quand on tente sa chance. Le scénario qui suit n’exagère rien. La F1, discipline phare des sports mécaniques, montre « l’exemple ». Elle nous apprend, surtout depuis 2007, qu’il y existe des trahisons, des démonstrations de force, des règlements de comptes, des fessées, des haines mortelles, des recours à des pratiques mafieuses, des courses scénarisées comme un match de catch, des résultats truqués qui, contrairement à ce qui se passe dans les autres sports, ne dérangent pas grand monde, des fabricants d’illusions, des impostures impunies. Heureusement qu’il reste quelques grands moments de sport qui justifient notre amour de la compétition.

 

L’histoire qui suit est un véritable album illustré. Vous pouvez la lire en une ou plusieurs fois, et aussi l’imprimer, la copier autant de fois que vous le souhaitez et l’offrir à vos amis. Vous aimez la compétition, les voitures qui foncent sur le bitume, la boxe, le catch, l’humour cynique, l’ambiance polar ? Ce texte et ses nombreuses illustrations cous raviront.

 

« La course automobile procure des moments de bonheur intense, affirme Éric Trélor. D’ailleurs, Enzo Ferrari intitula son livre de souvenirs ‘’Mes joies terribles’’. Parmi les satisfactions très fortes en compétition figure le fait de créer un équipage avec des amis proches ou des membres de sa famille avec lesquels on entretient une relation forte. »

 

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Éric sait de quoi il parle. Gentleman driver de haut niveau, il a débuté en rallye comme navigateur en 1971, avant l’âge du permis. Puis à partir de 1976, il a couru dans de nombreuses disciplines, de la coures de côte à l’endurance en passant pas le rallye. Très impliqué dans la création et la vie du Team Vivia, il a essentiellement piloté des voitures de la marque morbihannaise à partir de 1978.

 

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- J’ai connu ce bonheur avec Ronnie, mon vieux pote d’enfance, reprend-il. Par fierté, Ronnie n’a jamais voulu que Vivia lui fournisse de voiture, mais nous avons quand même fait équipe dans des épreuves de VHC, aux 24 Heures de Paris et lors de quelques courses sur glace.

 

Flash back

 

Les VHC, ce sont les véhicules historiques de collection, des voitures d’au moins 25 ans qui courent dans des épreuves qui leur sont réservées.

 

- La plupart des  voitures d’aujourd’hui sont aseptisées, poursuit Éric. Elles sont conçues pour rouler à une vitesse d’escargot sur des routes à quatre voies en consommant le moins possible et en évitant de provoquer les autophobes de tous poils, des écolos intégristes aux obsédés hystériques  de la sécurité routière. Cette tendance a commencé au milieu des années 70 avec la première crise du pétrole et l’aggravation des limitations de vitesse. La première voiture avec laquelle j’ai couru comme pilote était une Alfa Roméo 2000 GTV groupe 1. Un modèle conçu avant la crise. Une voiture qui vivait, dont le moteur ronronnait voluptueusement quand tu caressais l’accélérateur, qui te collait au dossier du siège quand tu mettais les chevaux, et dont le train arrière décrochait en sortie de courbe avant que l’autobloquant t’aide à remettre la bête en ligne.

 

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Le coupé 2000 GTV Bertone fait partie des modèles les plus fabuleux qu’a produits Alfa Roméo. Nombre de pilotes amateurs ou professionnels apparurent à son volant en rallye. Parmi eux, outre Freddy Vivien, compère d’Éric et Ronnie, certains se rappelleront entre autres de Gérard Larrousse, de Bernard Béguin et de Guy Fréquelin.

 

- Compte tenu de ma proximité avec Vivia, il n’était plus question que je pilote d’autres voitures contemporaines, précise Éric. En septembre 1993 pourtant, l’opportunité de piloter à nouveau une Alfa Roméo sans coup de canif à mon contrat moral avec Vivia s’est présentée en même temps que l’occasion de faire un cadeau sympa à Ronnie ainsi qu’à mon filleul David (NDLR : David Sarel). Je suis tombé par hasard sur l’annonce de vente d’une Alfa GTZ 1965 préparée pour les épreuves de VHC et disponible toute de suite. Une voiture idéale pour les deux tours d’horloge, une course de 24 Heures destinée aux VHC qui se déroulerait mi-novembre sur le circuit Paul Ricard. La plupart des équipages se composaient de quatre pilotes. Les noms de mes équipiers s’imposèrent immédiatement à mon esprit. Mon filleul David avait 21 ans et disputait sa première saison en tant que pilote en course de côte et en rallye avec un coupé Vivia 2000 groupe N. Il marchait fort et serait ravi de faire cette course avec moi. Impossible de ne pas songer à Mario Delgano, un ami marseillais qui avait couru en Alfa 2000 GTV groupe 1 lui-aussi. Nous avions fait connaissance à la Course de côte du Mont-Dore 1977 et nous avions sympathisé immédiatement. Mario dirigeait maintenant des agences de  détectives, des sociétés de protection rapprochée et des écoles de self-défense dont les techniques s‘inspiraient du close-combat. Il assurait la sécurité de nombreuses personnalités du monde de la politique, du sport, des affaires et du show-bizz. Il m’avait d’ailleurs protégé – ainsi que ma famille – lors d’affaires et procès délicats où mon métier d’avocat m’avait exposé à quelques désagréments. Et comme Mario était aussi un grand ami de Ronnie, ça tombait bien, car Ronnie serait le quatrième pilote de l’équipage. Il traversait une mauvaise passe au plan familial. Cette course lui ferait du bien.

 

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- Mauvaise passe est un mot faible, intervient Dominique, autre proche de Ronnie. Tu pourrais dire que Ronnie était en plein divorce car sa femme était la maîtresse d’un de nos anciens condisciples à l’école primaire et au collège.

 

C’était vrai. Ronnie vivait la situation très mal bien qu’il s’efforçât de le cacher. D’autant plus qu’il avait toujours fait un complexe par rapport à Hyppolite Guéméné, l’amant de sa femme.

 

De la piste au ring

 

Vingt neuf années avaient passé depuis « Première sortie de piste pour Ronnie ».

Cf. http://confidentielpaddocks.over-blog.com/article-36659346.html )

 

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Notre ami était devenu carrossier et avait racheté l’atelier du grand-père Victor. Il s’était marié à Anne-Hélène en 1983. Deux ans plus tard, leur fils Émeric était né. Ronnie courait principalement en course de côte avec une Mercedes 190 groupe F préparée sur la base d’un ancien modèle de production. Dom avait repris l’atelier de menuiserie et d’ébénisterie de son père. Freddy avait remporté plusieurs titres de champion du monde de Formule 1.

 

- Anne-Hélène était un beau brin de fille, rapporte Éric. Une grande brune aux cheveux courts avec de magnifiques yeux d’Émeraude qui s’imprimaient dans ta mémoire. Ronnie l’avait rencontrée en 1980. Elle était comptable dans une entreprise de pièces détachées automobiles dont l’atelier de carrosserie était client. Il a tout de suite flashé sur elle. Huit jours après leur première rencontre, elle aménageait chez lui.

 

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- Tu ne l’as jamais beaucoup aimée, observe Dominique. Ma femme non plus, d’ailleurs.

 

- C’est vrai, reconnaît Éric. Je n’ai pas apprécié le fait qu’elle ne s’intégrait pas réellement à notre clan. Mais je ne le lui ai jamais montré. Même après son divorce d’avec  Ronnie, Guylaine (NDLR : l’épouse d’Éric) et moi sommes restés très cordiaux avec elle. Émeric à le même âge que mon fils cadet Fabien et ils ont toujours été potes tous les deux (NDLR : devenu ingénieur d’exploitation en course automobile, Émeric travaille aujourd’hui chez Vivia et s’occupe plus particulièrement des voitures que pilote Fabien).

 

- Objectivement, notre clan étouffait Anne-Hélène, analyse Dom. En dehors des courses, de son boulot, et du clan, Ronnie était plutôt casanier. Il aimait nos repas et nos activités entre amis le week-end. Anne-Hélène aurait aimé sortir en boite, voir d’autres gens, partir en croisière. Avec Ronnie, c’était impossible. Elle n’appréciait pas du tout la course auto et vivait mal que son mari passe autant de week-ends par an sur les circuits.

 

- Elle n’avait qu’à s’intégrer au clan, reproche sèchement Éric. Guylaine et Daniéla, l’épouse de Freddy, ont toujours organisé des repas et des activités les week-ends de course. Elle n’avait qu’à y aller au lieu de leur donner Émeric à garder pour aller en boite.

 

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- Guylaine et Daniéla comprennent la course parce qu’elles ont-elles-mêmes deux passions dévorantes, le cinéma et l’équitation, tempère Dom. En plus, elles sont naturellement indépendantes et ont compris d’entrée que Freddy et toi ne vous passeriez jamais de la course. Anne-Hélène était différente.

 

- Ta femme s’est toujours jointe à Guylaine et Daniéla sans faire d’histoires les week-ends de course, note Éric.

 

- Ma femme, c’est encore un peu différent, explique Dom. Son père était un vrai coureur de jupons et ça faisait des tas d’histoires à la maison quand elle était petite. Ma femme a toujours dit que tant qu’elle n’aurait pas de doutes sur ma fidélité, elle ne me reprocherait pas de partir sur les courses avec Ronnie ou avec toi. Elle préférait me voir me passionner pour la course auto avec les copains que pour d’autres « centres d’intérêt » qui l’auraient davantage embêtée. Et puis, elle s’est tout de suite bien entendue avec les autres femmes du groupe et elle s’est mise à l’équitation et au tennis avec elles.

 

- Astucieux comme raisonnement, sourit Éric. Mais de toute façon, au-delà de tous les principes, le vrai problème des couples, c’est la réciprocité des sentiments. Elle existait au début entre Ronnie et Anne-Hélène. Puis le temps a passé. Ils n’ont plus éprouvé la même chose au même moment l’un pour l’autre. Personne n’appartient à personne et ce n’est pas un contrat de mariage ou une cérémonie devant monsieur le curé qui peuvent changer ça. Le drame de Ronnie, ce fut qu’au moment où sa femme l’a trompé, il avait envie de se rapprocher d’elle. Et il lui aurait pardonné beaucoup de choses. Il avait déjà fermé les yeux plus d’une fois. Seulement l’identité de l’amant d’Anne-Hélène lui restait en travers de la gorge.

 

- Il faut se battre pour son couple comme pour le reste dans la vie, réfléchit Dominique.

 

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- Mais ça ne suffit pas toujours, reprend Éric. S’il avait suffi de se battre mentalement pour conserver sa femme, Ronnie aurait eu ses chances. Il aimait les défis, les compétitions. D’ailleurs, il comparait souvent  la course automobile aux sports de combat. Un grand pilote est un guerrier. Ronnie disait que tu remportais des courses en poussant un autre pilote hors du ring, que tu te maintenais à niveau en tenant ceux qui veulent piquer ta place à distance, et que d’ailleurs tu gagnais les championnats soit aux points, soir par KO. Sans compter les sensations dans la voiture. Une grosse auto te secoue comme un sparring-partner. Et si tu ne peux plus rien faire pour gagner, tu rends les armes, tu jettes l’éponge.

 

- Il faut dire que son tempérament a amené  notre Ronnie à connaître à la fois les sensations des sports de combat et du sport auto, intervient Dom.

 

- Encore que ce n’était pas un bagarreur, tempère Éric. Mais gamin et même après, il était toujours prêt à accepter un défi physique, que ce soit au bras de fer ou à la lutte. Je me rappelle de ses affrontements incessants avec Luc (NDLR : Luc Crillon, un autre jeune pilote amateur ami du Clan qui apparaîtra dans de prochains épisodes). Luc les gagnait presque tous, mais Ronnie était content parce qu’il faisait à peu près jeu égal avec lui alors que Luc, futur prof de sport, passait son temps à s’entraîner à toutes les disciplines. Avec toi aussi d’ailleurs, il aimait bien lutter et tu finissais par l’immobiliser quasiment à chaque fois.

 

- Oui, c’est vrai, note Dom. A part Hyppolite, Luc et moi étions à peu près les seuls à le battre car c’était un sacré bon lutteur.

La différence avec les autres défis physiques dans lesquels il se lançait, c’est que ses  confrontations avec Hyppolite, il les a subies sans jamais les chercher.

 

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« Il a toujours su qu’il n’avait aucune chance de se défendre face à Hyppolite. Le premier affrontement dont je me souvienne, c’était la dernière année d’école primaire. Hyppolite l’a allongé par terre en moins de trois secondes et il lui a fait avaler une salade de gazon sans vinaigrette.

 

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« L’année d’après en sixième pendant une séance de sport, Hyppolite a coincé la tête de Ronnie entre ses cuisses dans un temps à peu près identique. Il s’est mis à genoux. Les jambes de Ronnie fléchirent comme la trésorerie d’un artisan qui lutte contre la grande distribution ou le fonds de roulement d’un patron de PME écrasé par les banques. Hyppolite a laissé Ronnie essayer de se dégager pendant 30 secondes. Puis il a lancé à la cantonade que c’était dur de faite tenir les gamins tranquilles et il lui a collé une fessée en rigolant. Après, quand on avait 16 ou 17 ans, Hyppolite s’amusait à prendre Ronnie sous les aisselles comme un bébé et à le soulever en l’air au dessus de sa tête. Sauf que Ronnie ne faisait pas Arrreu Arrreu et qu’il ne rigolait pas du tout. Mais comme Hyppolite a toujours dû peser entre une fois et demie et deux fois le poids de Ronnie qui était pourtant bien bâti, notre pote ne pouvait rien faire d’autre que d’attendre le plus dignement possible la fin de la démonstration de force de Monsieur Muscles.

 

Éric se souvenait aussi d’un round désagréable pour Ronnie, en 1973.

 

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- Ronnie avait 20 ans, rappelle-t-il à Dom. C’était un samedi après-midi, mi-juillet. Nous avons décidé d’aller à la plage à Carnac. Nous avons pris la voiture de Ronnie, une R8 S jaune. Ronnie y avait apporté quelques améliorations, à commencer par des jantes alliage, des rétros obus, un volant trois branches gainé cuir, des élargisseurs de voies, un double carburateur, deux pots d’échappement et des amortisseurs Koni. Seule fausse note dans le look, l’attache de remorque. Mais c’était pour une bonne cause. Elle servait à amener la moto 125 aux courses de côtes que disputait Ronnie. Nous roulions vite, mais raisonnablement. Soudain, une 2 cv beige est apparue devant nous. Il y avait des voitures en face. Ronnie a freiné et nous avons remarqué que la 2 cv penchait singulièrement du côté gauche alors que nous étions en pleine ligne droite. Le conducteur était visiblement un homme très costaud. « C’est l’Ankou breton », a dit Ronnie avant de rentrer une vitesse et d’accélérer pour dépasser la dodoche et la laisser sur place. « Il est tellement plus lourd que son passager que la voiture penche de son côté. Il devrait croiser les amortisseurs de temps en temps pour égaliser leur usure ».

 

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Dans la culture bretonne, l’Ankou inspire la terreur. Dans Les légendes de la mort, Anatole Le Braz le décrit comme l’ouvrier de la mort. Il ramasse les âmes de ceux qui passent de vie à trépas. Entendre sa charrette grinçante ou l’apercevoir signifie une fin prochaine. Gare à qui se trouve sur la route de l’Ankou. La mort s’apprête à fondre sur lui.. Rassurez-vous si vous songez à passer des vacances en Bretagne. L’Ankou ne circule pas en 2 cv sur les routes de la région. Non, l’Ankou breton, c’était le pseudonyme d’Hyppolite Guémené dans son sport préféré, celui qui lui permettait d’augmenter singulièrement son salaire de chauffeur livreur, le catch. Car cette discipline qui fascine aujourd’hui les adolescents des continents nord-américains et européens connaissait déjà un beau succès en France au début des seventies.

 

- Hyppolite était taillé pour le catch, raconte Dom. En plus, il détestait son prénom qui, associé à son physique de lutteur de foires, provoquait des railleries derrière son dos et lui valait le surnom d’hippopotame. Son patronyme, Guémené, était le nom d’une commune où on fabrique de l’andouille. Plutôt encombrant. Son volume, s’il lui permettait d’être et de loin le plus costaud de sa génération depuis l’école maternelle, l’excluait de tous les critères d’élégance. Il avait l’air naturellement aussi aimable que le bull-dog qui apparaît dans les Tom et Jerry. Alors, il mettait sa force en avant et il voulait que tout le monde le reconnaisse comme l’homme le plus fort du monde. Il avait vraiment une force incroyable. Un  type capable d’assommer un bœuf d’un coup de poing.

 

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- Oui, une force de bûcheron canadien, répond Éric. Le genre de gars que Philippe Labro décrit dans « Un été au Colorado ». Avec l’air plus méchant. Sur le ring, il apparaissait avec une cagoule noire, un maillot de lutteur en tissu noir, des chaussures noires et des chaussettes noires. Il jouait toujours le rôle du méchant. Son pseudo, l’Ankou breton, permettait aux commentateurs de faire des jeux de mots sanglants. L’Ankou est venu faucher quelques vies de catcheurs ce soir. Le pseudo l’Ankou breton  sonnait comme une menace terrible dans l’atmosphère enfiévrée d’une salle de catch.… La semaine précédente, Hyppolite n’avait fait qu’une bouchée du Boucher charolais qui apparaissait jusque là comme la terreur des rings de France et de Navarre.  La Liberté du Morbihan lui avait consacré une demi-page dans la rubrique sports contre une brève à Ronnie qui avait gagné sa catégorie à la course de côte motos de Pouillé les Coteaux le même week-end. Pourtant, c’était une belle perf de gagner là-bas. Pouillé les Coteaux était un circuit d’hommes qui commençait par une descente avec deux virages à fond puis un gauche 90 avant de se poursuivre par des enfilades rapides. Un tracé qui s’offrait à ceux qui avaient un pilotage intelligent et un très gros cœur à moto. En cas de sortie sur deux roues, ça faisait très mal.

 

- Il faut reconnaître que l’Ankou a marqué le catch dans la région et que les courses de côtes moto attiraient malheureusement moins de public, coupe Dom. Hyppolite s’est  payé sa boite de transports sur les rings et il a continué à y monter pendant plusieurs années avant de raccrocher.

 

Le sale coup de l’Ankou

 

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- Il faisait très chaud ce  triste samedi de mi-juillet 1973, raconte Éric. Un soleil de plomb brûlait la peau et les yeux dans une atmosphère lourde où l’air manquait. C’était un de ces jours où se demande si la canicule va s’installer où si les nuages noirs annonçant l’orage et la tempête vont subitement envahir le ciel. Les plages sont nombreuses dans la région et nous ne savions pas où allait l’Ankou. Nous ne pensions plus à lui et nous ne nous attendions pas à le voir. Pourtant, quelques minutes plus tard, il nous a rejoints sur le sable avec un des ses copains. Ils ont commencé à discuter, sympas. Puis l’Ankou a dit à Ronnie. Tu vas me rendre un service, petite tête. J’ai un combat ce soir à Vannes, faut que j’m’échauffe un peu. Au même moment son copain m’a ceinturé afin que je ne puisse pas aider Ronnie. De toute façon, même à deux, je crois que nous n’aurions pas pu faire grand-chose et que ç’aurait été pire pour Ronnie. Avec son mètre soixante quinze et son physique pourtant solide, Ronnie paraissait bien petit et léger face à l’autre. Ronnie ne savait pas trop comment réagir. Il a tenté de décamper, mais plus vif que son volume l’aurait laissé pensé, l’Ankou a plongé comme un rugbyman dans les jambes de Ronnie. Il a attrapé sa cheville droite, s’est relevé et a soulevé notre ami de terre comme s’il ne pesait rien. Ronnie s’est trouvé pendu en l’air, tête en bas, incapable de tenter quelque prise que ce soit. L’Ankou ne l’a jamais frappé. Il ne lui a pas tordu les bras ni les articulations non plus. Il s’est contenté de le soulever, parfois d’un bras, de le mettre sur ses épaules comme un sac de patates, de le suspendre  tête en bas en le tenant par les pieds ou au niveau des genoux. A un moment, il a mis le pied sur un muret et a projeté Ronnie sur sa cuisse comme s’il allait lui coller une fessée. Un aaarrrfff étouffé de notre ami a dénoncé un choc douloureux sur les abdos… Bon, je suis chaud, s’est contenté de dire l’Ankou. Merci, Ronan. Tu vois, c’était pas grand-chose.

 

- Hyppolite n’avait rien contre Ronnie, explique Dominique. Simplement, il aimait montrer à d’autres costauds à quel point il était fort. Ronnie a toujours entretenu une relation bizarre avec lui. D’un côté, il admirait sa force de colosse, de l’autre il ressentait une vraie rancœur après quelques démonstrations de supériorité physique, particulièrement celle-là qu’il n’a jamais digérée.

 

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- Surtout que l’Ankou en a remis une dose, ajoute Éric. Ronnie, qui n’avait pas froid aux yeux, a ironisé. « C’est moi qui te remercie, mon gros Hyppolite », a-t-il répliqué. L’Ankou s’est gratté la tête, perplexe. Il était sûr d’avoir vexé son ex-condisciple et voilà que celui-ci le remerciait. S’il n’était pas tout à fait aussi niais que Lennie Small dans « Des souris et des hommes », l’Ankou n’était pas bien malin non plus. « Oui, a ajouté Ronnie. Depuis qu’on est gamins, tu crois que me porter à bout bras ou me pendre par les pieds, bref  tes singeries,  mettent tes muscles de gorille en valeur à mes dépens, surtout quand il y a du monde à te regarder. Mais c’est pas vrai du tout, tu m’as juste aidé à grandir à chaque fois que tu as joué les brutes et que tu m’as foutu par terre ou balancé en l’air.  Rappelle-toi la chanson de Johnny, Les coups ». Ronnie commença à entonner.les paroles :

 

Les coups

Quand ils vous arrivent

Oh oui, ça fait mal

Les coups

Qui apprennent à vivre

Oh oui, ça fait mal

 

Avant de faire un homme

D'un tout petit enfant

Il en faudra combien pour qu'il devienne un grand ?

Combien de fois à terre il lui faudra tomber et

Sans pleurer apprendre à se relever ?

Il deviendra un homme petit à petit

En apprenant les dures leçons de la vie

 

« le copain de l’Ankou qui n’était pas un mauvais bougre éclata de rire. « Il t’a bien eu, lança-t-il à son ami. Tu voulais le punir parce qu’il t’a vexé en te doublant sur la route et il te fait passer pour une andouille ».

«  l’Ankou a rougi et s’est à nouveau gratté le crane. Je le répète, ce n’était pas une tête. Il a fini par réagir en utilisant son seul moyen de défense, ses bras de colosse. Il a empoigné Ronnie, l’a balancé sur sa cuisse au son d’un nouveau aaaaarrrrfffff de sa victime  et lui a collé la fessée à laquelle il avait échappé deux minutes plus tôt. Une fessée symbolique, sans forcer, sans faire mal, juste pour lui montrer à quel point il le dominait physiquement. « C’est pour être sûr que tu deviennes grand », se moqua-t-il à son tour. L’Ankou mettait en application une des répliques les plus célèbres du cinéma d’Audiard, une phrase prononcée par un ancien catcheur justement, Lino Ventura. « Lorsque les hommes de 130 kilos parlent, ceux de 60 kilos se taisent et les écoutent ». Sous entendu, s’ils ne comprennent pas ce principe de base, ils se font hacher menu. « T’es tout rouge et tout en sueur, dis donc », a repris l’Ankou. « Il te faut un bon bain comme les bébés, même si que t’es dev’nu un homme grâce à moi ». Il plaça ses énormes mains sous les aisselles  de Ronnie, le souleva en l’air au-dessus de la tête, se dirigea vers la mer, avança jusqu’à ce que l’eau atteigne sa taille, joua comme un lanceur en baladant Ronnie d’avant en arrière pour prendre de l’élan, puis il le projeta sur le dos de toutes ses forces. Notre ami reconnut que l’Ankou l’avait lancé si fort dans l’eau qu’il avait reçu une claque sonnant comme une vraie baffe sur la peau en y tombant. Après, comme à la fin de chacun de ses combats officiels, l’Ankou roula les épaules, embrassa les muscles de ses bras et de ses avant-bras et leva les bras en l’air en faisant le V de la victoire. Comme il est de règle en catch, le match avait été scénarisé. Seulement, comme à chaque fois qu’il s’était heurté à la montagne de muscles de l’Ankou depuis l’école primaire, Ronnie n’avait pas eu son mot à dire dans l’écriture des scènes.

 

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«  L’Ankou et son copain ne s’attardèrent pas sur la plage. Après avoir étalé Ronnie sur le sable une dernière fois d’une prise au bras juste pour plaisanter, le gros catcheur et son copain levèrent le camp. ‘’C’est pas tout, mais je dois bouffer copieux avant mon match’’, expliqua le monstre. ‘’A moins de 7.000 calories par jour, je suis une loque’’, conclut-il en parodiant une phrase devenue célèbre, une réplique prononcée au cinéma par Bernard Blier, un maigrichon à côté de l’Ankou breton. « Si tu veux faire un concours du plus gros mangeur de hot-dogs ou de pizzas avec moi un jour, mon petit Ronan », je suis ton homme « Le perdant paiera l’addition ». Contrairement à ses habitudes, Ronnie se garda bien de relever le défi, ce qui était une excellente chose pour son porte-monnaie comme pour son estomac. Le catcheur et son copain s’en allèrent, laissant Ronnie très vexé, très blessé moralement, humilié par ce qu’il venait de subir. Je me suis efforcé de le rasséréner en lui disant que dans les sports de combat, le poids est capital, que Monzon ne pourrait jamais battre Foreman, qu’il n’y avait aucune honte à ne pas rivaliser avec une authentique bête de ring. Ronnie approuva en revenant au sport auto. « Je sais bien qu’Emerson Fittipaldi a beau être champion du monde, s’il pilotait une  Formule Renault, il ne suivrait pas ses rivaux. Mais quand même, cette andouille d’hippopotame, il n’avait pas besoin de me mettre une fessée ni de me porter comme à un bébé. A l’école, ça allait encore, mais maintenant, j’ai passé l’âge »

 

- Tu as vu comme il s’adore et comment il s’embrasse les muscles, fis-je observer à Ronnie. On dirait Brutus dans les dessins animés de Popeye

 

- Avec à peu près le même QI, répondit Ronnie. Seulement, les épinards ne suffiraient pas à me donner la puissance de frappe de Popeye. Sinon, mon poing se transformerait en marteau et l’Ankou se retrouverait en orbite. Et pour causer comme Gabin dans Le Pacha, si on mettant ce con d’Hyppolite sur orbite, il n’aurait pas fini de tourner .

 

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- Ça, c’est sûr, approuvai-je. Il est en train de devenir une star, mais il n’a pas l’air plus malin que quand le père Labore (NDLR : leur instituteur en CM2), lui lançait, Guémené, t’es qu’une andouille.

 

- C’est vrai que c’est une vedette, conclut Ronnie. Dire que des tas de gens rêvent de connaître une célébrité ou au moins d’avoir son autographe. Et bien moi, je vais te dire, je connais Hyppolite depuis les bancs de l’école primaire. Je pourrais boire un coup avec lui ou l’inviter à bouffer, il accepterait sans doute, au moins si c’est moi qui paye. Et pourtant, je me passerais bien de le connaître.

 

L’Ankou blessa l’amour propre d’un autre aspirant lutteur par ricochet ce jour-là. A quelques mètres de nous, un groupe de jeunes avait assisté à la démonstration de l’Ankou. Un d’eux voulut faire le malin auprès de sa copine et de leurs amis. C’était un brun aux cheveux mi-longs, un peu plus grand que Ronnie mais plutôt moins baraqué. Il vint discuter avec nous. Nous apprîmes qu’il travaillait comme maçon et se sentait très fort car il transportait sans difficulté des sacs de ciment sur ses épaules.

 

 

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Trompé sur les capacités de combattant de Ronnie qui s’était montré inexistant face à la force colossale de l’Ankou breton, il lé défia dans un match en deux manches. Mal lui en prit. Contre un adversaire d’un poids comparable, Ronnie était redoutable. Dans la première, Il étala le présomptueux en 24 secondes chrono. Dans la seconde, rassuré sur sa supériorité, il fit durer le plaisir. Ronnie chahuta et tordit son rival dans tous les sens en s’amusant de le voir se débattre comme un congre pris à l’hameçon pendant les 5 dernières minutes avant sa capitulation définitive et sans condition sur un étranglement appuyé. L’adversaire de Ronnie sortit du match avec un visage rouge comme une pivoine sans que ses amis pussent dire si sa couleur résultait du manque d’air ou de la vexation qu’il ressentait après s’être vanté auprès de sa bande qu’il allait écraser Ronnie encore plus sévèrement que l’avait fait « le gros bonhomme » quelques minutes plus tôt. Le pauvre gars s’était senti comme un pilote qui voit les autres lui tourner autour et réalise tout à coup qu’il est à peu près aussi compétitif qu’un conducteur d’auto tampon confronté à un roi du rallycross sur la piste de Lohéac. Que ce soit à la lutte ou sur une piste, Ronnie donnait tout ce qu’il avait dans le ventre et ne lâchait jamais rien quand le chalenge était jouable.

 

- Je l’ai vu souvent dans des affrontements sportifs, témoigne Éric. Que ce soit à l’école, au club de judo quand nous étions gamins, à la plage l’été lorsque nous étions adolescents. Avec toi et avec Luc aussi, qui étiez intrinsèquement un peu plus lourds et plus costauds que lui. Globalement, il gagnait beaucoup plus de matchs qu’il n’en perdait, même contre des plus costauds tant il attaquait ses adversaires dès les premières secondes de combat. Et je crois pouvoir affirmer qu’à part l’Ankou contre qui il ne pouvait vraiment rien, jamais personne n’a gagné facilement une manche contre Ronnie.

 

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20 ans après

 

- Ronnie a souvent reparlé de cette scène d’enfer à Carnac effectivement, dit Dom. Il ne retenait que l’humiliation infligée par l’Ankou. Il l’avait très mal vécue. Il aimait trop les sports de combat pour ne pas se sentir blessé en cas de défaite. Ou plus exactement, s’il ne pouvait pas faire à peu près jeu égal. Contre  moi et contre Luc, il savait qu’il avait beaucoup plus de chances de perdre que de gagner, mais il ne se sentait pas ridicule et il remportait une manche de temps en temps. A dire vrai, il m’a vraiment battu quelquefois, mais de temps en temps, j’ai fait exprès de commettre des erreurs pour le  laisser prendre l’avantage et m’immobiliser. J’étais un peu plus grand et plus lourd que lui et je savais que ça lui faisait plaisir de me battre. Mais même si je défendais mes chances à fond, je devais me défoncer pour gagner contre lui. Avec l’Ankou, vu la différence de poids et l’impossibilité pour Ronnie de placer la moindre prise ou de tenter une parade, il n’y avait pas match mais simple jeu où Ronnie servait de poids ou de sac à une séance d’échauffement de l’homme des cavernes. S’il s’était contenté de l’accepter, il aurait été moins malheureux au fond. En tout cas, lorsque nous sommes tous allés voir le combat de l’Ankou contre Max Désormes, le jeune loup de l’écurie des catcheurs de Lorient en novembre 1992, il espérait bien que l’Ankou prendrait sa volée. C’est ce qui est arrivé d’ailleurs. Max l’a dominé d’un bout à l’autre du combat. L’Ankou s’est retrouvé à genoux, sur les fesses, coincé dans les cordes, les bras tordus, les épaules immobilisées par terre… L’Ankou avait presque 40 ans, Max était moins volumineux, mais il avait 20 ans. Le match était probablement scénarisé et Hyppolite devait sûrement opposer plus de résistance, livrer un combat héroïque, ne s’incliner qu’après une résistance féroce. Mais Max est sorti du scénario. Certainement avec l’assentiment du manager. Il a empêché Hyppolite d’interpréter sa part de la partition. Il l’a bousculé en permanence. Nous avons lu l’humiliation dans les yeux de celui qui avait joué la terreur des rings. L’Ankou était fini. Il a arrêté le catch le soir même. Dans les sports de force, la plupart des combattants qui comptent sur leur physique plus que sur leur technique disputent au moins un match de trop. Tyson a fini par encaisser défaite sur défaite. Un jour, la brute animale ne fait plus peur. C’est ce qui est arrivé à l’Ankou face à Max. Le vieux sanglier s’est fait mordre et chasser sauvagement de son territoire par un jeune gladiateur affamé de victoires. Les sports de combat ressemblent au monde animal. Comme les vieux cerfs, les loups solitaires, les combattants détruits  lors du match de trop finissent mal en général. Ronnie avait raison. C’est violent, le sport.

 

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- Là encore, il existe des similitudes frappantes avec la course auto, complète Éric. Quand un pilote s’émousse, quand il ne fait plus qu’une dizaine de vrais bons tours par course, il a intérêt à s’arrêter au plus vite avant de perdre tout son prestige, ce qui peut arriver très, très vite. Un pilote imbu de son palmarès passé – surtout s’il résulte principalement de la chance et du fait d’avoir disposé du meilleur matériel au bon moment et de quelques arrangements - qui voit des rookies tourner plus vite que lui en essais libres et réaliser de meilleurs tours que lui en course réussira peut-être à sauver les apparences un moment avec la complicité du manager du team si des intérêts politico-financiers plus ou moins avouables sont en jeu. On affinera des stratégies sournoises et malicieuses pour faire durer l’imposteur, on truquera les cartes afin de créer l’apparence d’un pilote qui dominerait son équipier, on s’arrangera pour que la voiture du second pilote ne marche pas parfaitement, on ira parfois jusqu’à discréditer ce second pilote avec la complicité bienveillante de quelques médias couverts de… eeeuuuhhh, d’attentions et d’achats d’espaces. On utilisera des fans religieusement amoureux de l’idole qu’on transformera en lobbyistes discrètement mais grassement rétribués sous la table par les fan-clubs. Mais à un moment où l’autre, les malversations  seront découvertes et le maître de la secte sera déchu par ses adorateurs au profit d’un nouveau maître du jeu plus fort, plus jeune, plus beau, plus souriant, plus charmeur, plus honnête, et surtout plus rapide en course.

 

- Il est des champions qu’on est triste de voire perdre dans une douleur qui annonce la fin de carrière, regrette Dom. Je pense à Fabrice Bénichou par exemple, ou encore à Christophe Tiozzo. Mais hélas, la déchéance sportive de l’Ankou ne l’a pas empêché de faire un sale coup à Ronnie.

 

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- C’est vrai, soupire Éric. Nous étions tous contents de le voir écrasé après ce qu’il avait infligé à Ronnie dix neuf ans plus tôt. Nous avons charrié Ronnie en lui rappelant qu’on l’avait déjà plongé dans une piscine et que maintenant que l’Andouille, euuuuhhh, l’Ankou, allait disparaître des journaux puisqu’il arrêtait sa carrière, il faudrait qu’on recommence s’il voulait qu’on l’aide à ne pas oublier le roi déchu du catch.  Par contre, ce que nous ne savions pas encore, c’était qu’en arrêtant le catch, il allait passer plus de temps à sa boite de transport, s’occuper lui-même des achats de pièces détachées, se rapprocher de la femme de Ronnie et devenir son amant. Pas un soir, mais pendant plus d’un an, jusqu’à ce qu’elle tombe enceinte de lui et qu’il la plaque en fait.

 

- Ce qui n’a rien arrangé, réplique Dom. C’était trop tard pour raccommoder les morceaux avec Ronnie. Il ne pouvait pas pardonner à sa femme de l’avoir trompé avec un type qui lui avait mis une fessée. Plaquée par son amant et en pleine procédure de divorce, son ex s’est bien vite consolée dans les bras du pharmacien et aux dernières nouvelles, elle y est encore. Au moins avec lui, elle n’aura pas peur en voiture, tu me diras. Quand ils se sont mis ensemble en 1994, il avait la même Peugeot 605 que Ronnie. Mais quand notre pote roulait à 200 sur la quatre voies, lui plafonnait à 105 pour être sûr de ne pas dépasser la vitesse limite.

 

- Anne-Hélène partageant la vie bourgeoise et bien rangée d’un pharmacien à lunettes dix ans plus vieux qu’elle, ça paraissait inconcevable quelques mois plus tôt, songe Éric. Il faut vraiment croire que l’amour est enfant de bohême et qu’il n’a jamais connu de loi, comme on dit dans le seul opéra que je supporte, un des seuls où je n’ai pas l’impression de ne voir que des grosses dondons hystériques hurler comme des grosses poufs qui se débattent comme des catcheuses qu’on voudrait enfermer dans une cellule capitonnée.

 

- C’est pas gentil pour les chanteuses d’opéra, ça, plaisante Dom.

 

- Je sais, je sais, mais beaucoup de ces filles ont connu des problèmes mentaux, non ? J’exagère un peu, enfin juste un peu, d’autant qu’il doit bien exister quelques anorexiques dans le lot. Mais moi, je préfère résolument la symphonie en vroooaaaaarrrrrrr majeur d’un V10 qui monte dans les tours. Comme mon père et comme mon grand-père Victor en fait.

 

L’Ange gardien, c’est mimi

 

- Quand Ronnie nous a avoué ce qui se passait avec sa femme, j’ai dû calmer Mario, David et quelques autres, témoigne Éric. Selon les projets  de Mario, Hyppolite devait finir coulé dans le béton, ou à la rigueur dans le port de Lorient, les pieds dans le béton. Mario a à peu près la même carrure et la même allure que Ronnie, si ce  n’est qu’il est très brun. Mais comme il dit toujours avec son accent chantant d’origine corse patiné par sa vie marseillaise, « devant un flingue, jé té dis, il n’y a plous dé costaud, mêmé pas un type qui a été champion dé catch… Personne, il  né colle  ouné fessée à ouné ballé qui loui arrivé dans lé buffet. Surtout quand il y en a d’autrés qui la souivent dé près… »

 

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- Je faisais partie des tenants des solutions radicales avec lui, reconnaît Dom. Tu sais que d’après Nicolas Canteloup imitant Jean-Claude Godin, le maire de Marseille, le blog de béton de 300 kilos qui pousse aux pieds en quelques minutes et dont on ne réchappe pas, c’est une tumeur provençale, un cancer des pieds. L’Ankou serait en quelque sorte mort du mal du siècle, le cancer. Mario suggérait en plus d’offrir un petit cadeau à Ronnie : un porte-clés avec un petit cube miniature du béton ayant servi à effacer l’Ankou. C’était marrant.

 

- David (NDLR : David Sarel, le filleul d’Éric) a rejeté l’idée du porte-clés avec miniature de béton tombal d’entrée, objecte Éric. Trop dangereux si les flics le trouvaient sur Ronnie ou au moment d’une perquisition chez lui. Ils risquaient d’y voir un symbole et d’intensifier leurs recherches. Mais j’avoue que cette proposition de Mario m’a travaillé. J’en rêvais la nuit. Je sentais confusément que mon grand-père Victor qui était décédé en 1972 essayait de communiquer avec moi. C’était un personnage, mon grand-père Victor, et il avait fait leur fête à pas mal de nazis et de collabos pendant la guerre 39 – 45. Il disait toujours, si quelqu’un te frappe une joue, ne tends surtout pas l’autre. Colle lui un grand coup de poing dans la gueule en lui faisant le plus mal que tu peux afin qu’il n’ose plus jamais s’en prendre à toi. J’ai transmis la leçon à mon filleul David et à mes fils Arnaud et Fabien. A l’époque de la liaison de Guémené avec la femme de Ronnie, je voyais en rêve mon grand-père qui me disait, « trouve un moyen pour que Mario puisse régler son compte à cette andouille de Guémené sans que les flics viennent mettre leur nez là où il faut pas. T’es avocat, un grand avocat, tu vas trouver. » Et moi, je m’excusais auprès de mon grand-père. Je lui expliquais que j’étais d’accord avec lui sur le fond. J’ai beau être avocat et condamner la peine de mort par principe, je  n’ai jamais dit que la Loi du Talion et la vengeance privée ne présentaient pas des aspects séduisants. Mais il fallait tenir compte de deux éléments. La police cherche toujours à qui profite le crime. Donc, en cas d’actes délictueux ou un peu criminels, elle aurait tout de suite soupçonné le mari trompé, c'est-à-dire Ronnie qui n’avait pas besoin de ça. J’ajoutais que  la police scientifique avait évolué depuis sa disparition et qu’elle avait assassiné le métier de tueur à gages. Avec un grain de poussière sur un costume, elle trouvait les tueurs et les commanditaires. On aurait tous des ennuis. Un drôle de rêve qui revenait souvent troubler mes nuits.

 

- Ce qui fait que l’Ankou a échappé à notre vengeance, soupire Dom. D’un côté, ça nous a évité de franchir une ligne jaune.

 

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- C’est vrai, plaisante Éric. Tout le monde est resté raisonnable. Bon, l’Ankou n’aurait pas souffert de toute façon. Il aurait été dégommé par balle(s) avant l’immersion de son cadavre. Un cancer marseillais du cerveau et des poumons selon Canteloup dans le registre Jean-Claude Godin. On n’est pas des bêtes. Il faut savoir rester humain, même avec ses ennemis. Ma femme avait très peur que nous nous laissions convaincre par Mario. Ronnie habitait chez nous depuis l’ordonnance de résidence séparée avec sa future ex de telle sorte que nous le voyions tous les jours. Guylaine lui disait quelquefois en plaisantant que c’était mimi d’avoir un Super Mario comme ange gardien parmi ses amis, mais qu’il fallait savoir le freiner. « Cherche toi donc une Joséphine pour remplacer ta Marie-Louise », ajoutait-elle. « Ce sera un meilleur remède que la Vendetta ».

 

Éric et Dominique ne révèlent cependant pas tout. Les années qui suivirent, l’Ankou breton perdit beaucoup de marchés et d’argent. La vengeance est un plat qui se mange froid et l’usage adroit des réseaux relationnels s’avère fort utile. Surtout quand on a un Ange gardien de ses intérêts, un garçon qui sait faire sortir des listings clients qui se retrouvent par le plus grand des hasards chez les concurrents de l’homme à abattre. Mais chhuuuuttttttttt. Je ne vous ai rien dit.

 

- En tout cas, tranche Éric, je préférais organiser avec Mario, David et Ronnie notre participation à une course auto avec une Alfa Giulia TZ qui me rappelait le coupé Bertone de mes débuts qu’une séance de tir à l’Ankou selon sur la piste d’une Vendetta lorientaise.

 

L’attaque en VHC

 

- Les épreuves de VHC sont des courses particulières certes, mais de vraies compétitions, commente Éric. Car si les concurrents alignent des modèles vieux de plusieurs décennies, un pilote reste un pilote, c'est-à-dire une bête de combat qui ne songe qu’à terrasser ses adversaires lorsqu’il pose les fesses dans un baquet, qu’il sangle son harnais, qu’il enclenche la première et qu’il prend la piste.

« Tel était bien le sentiment qui nous animait, Ronnie, Mario, David et moi en ce mois de novembre 1993 au départ des 2 Tours d’Horloge sur le circuit du Castellet. Nous étions là pour dicter notre loi à nos rivaux.

 

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«  Quant à l’objectif qui consistait à remonter le moral de Ronnie, il semblait en bonne voie. Ronnie fut littéralement fou de joie de participer à cette épreuve. Pour l’occasion, il fit coudre sur sa combinaison juste au-dessous du niveau du cou un motif en forme de nœud papillon. « C’est une course de Véhicules Historiques, alors autant rendre hommage aux pilotes du temps passé », nous expliqua-t-il. Le nœud papillon, c’était une marque de respect à Mike Hawthorn, son premier héros. Et il utilisa bien sur son casque habituel, un modèle bleu et jaune inspiré de celui de Ronnie Peterson dont il imitait le pilotage tout en force.

 

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« La ligne de l’Alfa Roméo Giulia TZ s’avère particulièrement réussie. Je me rappelle avoir entendu Catherine Chabaud déclarer quelques semaines avant le départ du Vendée Globe 2000 – 2001 que son bateau était un beau bateau et qu’un beau bateau, c’est un bon bateau. Je ne suis pas sûr que cette impression se vérifie dans l’univers automobile. Toutes les belles voitures ne répondent pas aux attentes de leurs concepteurs et de leurs pilotes. Mais avec l’Alfa Giulia TZ, notre petite équipe ressentit immédiatement le bonheur de l’harmonie avec la machine. L’équivalent de ce que Catherine Chabaud, excellent marin, et écrivain de talent, sachant communiquer sincèrement et simplement son ressenti sur la mer, déclarait au sujet de son bateau.

 

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L’Alfa GTZ se distingue par un avant aux formes rondes et un arrière lift-back. « Plus le toit est long, plus la voiture est rapide », pensait Ercole Spada qui participa au design de l’Aston Martin DB 4 GT2 ainsi qu’à celui de la Giulia GTZ. Cette école présiderait aussi à la conception du superbe coupé AC Cobra et à sa rivale, la Ferrari 250 GTO.

 

L’arrière de la GTZ paraît effectivement très haut, comme coupé à la hache, sans que cela nuise pourtant à sa beauté.

 

Au plan technologique, l’Alfa Roméo Giulia TZ était une merveille, surtout compte tenu de l’époque de sa conception. Un châssis multitubulaire, un poids de 660 kg, 4 freins à disques. Au Mans 1964, la meilleure GTZ tourna à 172 km/h de moyenne ! Il faut dire que le moteur 1.570cm3 développait 170 chevaux après préparation. Une petite merveille hurlant au son magique des mélodies Alfa Roméo qui propulsait le bolide à 270 km/h dans les Hunaudières. Soulignons que la boite 5 accouplée à un pont long contribuait largement à ces performances absolument remarquables pour une 1.600 cm3 des années 60.

 

L’efficacité d’une voiture de course suppose un bon moteur, mais surtout un bon châssis et une bonne suspension. Les liaisons au sol comptent encore plus que la puissance intrinsèque. Ce principe s’est vérifié au fil de toute l’histoire de la course automobile dans toutes les disciplines, y compris sur les gros prototypes au temps où gagner Le Mans était l’objectif principal des constructeurs les plus puissants. La F1 moderne ne fait pas mentir cette appréciation.

 

L’Alfa Roméo Giulia TZ possédait tous les atouts d’une machine de course. Un ensemble châssis,, suspension, liaisons au sol superbement élaboré. Et un moteur qui respirait la santé. L’arme de guerre parfaite entre les mains de gladiateurs de la piste.

 

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- Sur le circuit Paul Ricard, nous eûmes le sentiment de piloter une vraie voiture de course, rapporte Éric. La TZ bondissait lorsque nous appuyions sur l’accélérateur. Elle freinait fort avant les virages. Elle offrait toutes les joies intenses de saines dérives des 4 roues jusqu’à l’extase dans les courbes rapides. « Quelle émotion de penser que des types comme Lucien Bianchi, Nino Vaccarella, Lorenzo Bandini, Jean Rolland et Bernard Consten ont piloté cette voiture en course », s’enthousiasmait Ronnie. « J’ai l’impression de me trouver dans la peau d’un champion des sixties. »

 

Force est de constater que dans les années 60 justement, la Giulia TZ se construisit un sacré palmarès, tant sur les routes du Tour de Corse, de la Targa Florio et de la Coupe des Alpes que sur les pistes mythiques de Monza, du Mans ou du Nürburgring.

 

- Je m’attendais à une voiture un peu poussive, un peu imprécise, à une vieille dame à manier avec les égards et précautions dus à son âge et je trouve une vraie GT, s’est réjoui David.

 

- De fait, l’Alfa  Giulia TZ nous surprit aussi, Mario et moi qui avions piloté des 2000 GTV en 1976 et 1977, explique Éric. Le coupé Bertone groupe 1 était une voiture de tourisme de série améliorée par quelques homologations certes, mais une machine plus lourde et moins puissante que la GTZ.

«  Que faire lorsqu’on se présente au départ d’une épreuve de 24 heures avec une telle voiture ? Attaquer bien sûr !

« Notre but était simple. Remporter le premier round, c'est-à-dire devancer nos rivaux en qualification, puis occuper le centre du ring, imposer notre rythme pendant toute la course. Notre Alfa GTZ avait du souffle, elle pouvait le faire.

 

- David a mis la barre très haut d’entrée, intervient Dominique.

 

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- C’est vrai, approuve Éric. David avait accédé à la finale d’une école de pilotage l’année précédente. Il sortait d’une saison axée sur la course de côte avec quand même quelques rallyes et quelques épreuves en championnat fédéral des circuits. Il avait pratiqué le  kart avant la course auto. Il se montrait déjà un redoutable sprinter, et sur un tour, c’était sûrement le plus enragé de l’équipage. Il a sorti le grand jeu et nous a gratifiés d’un tour de qualif parfait. Freinages à la limite, gros appuis, dérives calculées sans perdre un millième de seconde,  et temps canon au finish. Il a assommé nos adversaires. John Cliford, un Anglais issu des courses d’endurance, pilotait une autre GTZ de couleur jaune. Ancien pilote de Formule 2 reconverti en endurance, il avait l’habitude des puissants prototypes comme la Porsche 962 C. Il était venu au Castellet avec des copains gentlemen drivers et était convaincu qu’il allait leur faire gagner largement la course. Ses amis n’étaient pas des pinces non plus d’ailleurs, il faut bien l’avouer. Surtout Mark Alster, un habitué des courses de GT. Une équipe d’Anglais rapides et courageux. Des types sympas que nous avons considérés comme des adversaires valeureux et respectables. Mais nonobstant notre estime pour eux, nous étions venus pour mettre tout le monde KO, y compris nos rivaux britanniques. John Cliford avait oublié une chose. C’est que si un pilote de proto ou de F1 maîtrise mieux un de ces monstres qu’un authentique gentleman driver, ce dernier pourra parfois tirer la quintessence d’un modèle moins puissant et moins extrême. Autant dire que ni David ni moi ne faisions le moindre complexe face à John au volant d’une petite GT de 170 chevaux. Nous étions convaincus d’en tirer le maximum.

 

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- Ronnie et Mario craignaient un peu John au départ, observe Dom.

 

- Et nous les avons motivés et gonflés à bloc pour qu’ils croient en eux et ne lâchent rien s’ils se trouvaient portière contre portière avec John ou une autre pointure, réplique Éric. A égalité de matériel, la victoire sourit à celui qui en veut le plus, qui y croit le plus. Et nous avions frappé dès les premiers échanges de coups. John a essayé de battre le temps de David sur un tour et il n’y est pas parvenu. Il a échoué à 3 dixièmes. Il était st

upéfait, sonné. Il est reparti pour un dernier tour à la toute fin de la séance. David aussi. Il suivait John à 100 mètres. Il se sentait comme un boxeur qui contrôle son adversaire en fin de round, prêt-à-porter le coup fatal. Huit pneus qui s’accrochent au bitume et soudain quatre qui crissent anormalement. John a dû s’énerver sous les châtaignes psychologiques du mano à mano qu’imposait David. John avait probablement le sentiment de perdre la face devant ses copains en se faisant pousser et secouer dans les cordes par un gamin. C’était le jeune puncheur qui expédiait Kid Marin la joue sur le tapis, pour emprunter des paroles à Nougaro. John a fait un double tête à queue. Nous ne saurons jamais si David aurait pu améliorer son temps. Il a ralenti sous les drapeaux jaunes. En tout cas, nous prenions l’avantage dès le premier round et nous en étions ravis.

 

- John et ses équipiers n’étaient pas au bout de leurs surprises, note Dom.

 

Duel brûlant sur le bitume du Castellet

 

- La course partait à 16 heures le samedi pour arriver à 16 heures le dimanche comme au Mans, enchaîne Éric. Nous avions décidé que nous nous relaierions dans l’ordre suivant : Ronnie, Mario, David, et enfin moi. Nous voulions faire un cadeau à Ronnie et il fallait donc qu’il prenne le premier relais pour être sûr de piloter en course quoiqu’il puisse arriver. Mario avait le même gabarit que lui, ce qui permettait de n’opérer qu’un réglage minime sur le harnais lorsqu’il prendrait la suite. David et moi étions un peu plus grands et un peu plus minces qu’eux, ce qui nous contraignait à reculer un peu le baquet. Je voulais que David ait le plus de chances possible de courir sa première course d’endurance en voiture. Donc, ce serait lui qui prendrait le troisième relais et moi le quatrième. Sauf problème physique d’un d’entre nous durant l’épreuve, nous conserverions le même ordre jusqu’à l’arrivée.

 

- Ce qui fait que Ronnie s’est trouvé prendre le départ avec John dans ses roues.

 

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- Il a tenu trois tours avant que l’Anglais s’infiltre à un freinage, rappelle Éric. John était un vieux guerrier rompu à toutes les ruses. Il a harcelé Ronnie jusqu’à le faire baisser sa garde pour frapper au moment et à l’endroit où Ronnie ne l’attendait pas. Ronnie anticipait tellement une attaque à l’intérieur qu’il a ouvert sa garde au point de laisser un boulevard à l’extérieur. John s’y est engouffré. En plus, le coup de l’Anglais a projeté Ronnie loin de sa trajectoire et il s’est retrouvé d’un coup bousculé et dominé par son adversaire. Il s’est révolté. Il a cherché son second souffle, il est revenu dans le combat. Il s’est accroché au corps à corps. Les pneus crissaient. Les gravillons cognaient sous les ailes. A l’intérieur des cockpits, les pilotes étaient en sueur. Ils luttaient à la limite de leurs forces. Si John pensait maîtriser la fougue de son adversaire, il se méfiait quand même de l’uppercut qui aurait pu l’envoyer les roues dans un bac à sable où du crochet qui l’aurait expédié KO pour le compte, caisse d’Alfa détruite où bielles coulées à travers le bloc.

 

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« Ronnie n’a rendu que 50 mètres à l’Anglais lors des derniers tours de ce premier relais. Durant l’heure qui suivit, Mario a perdu  un peu de temps. Rien de catastrophique, mais il ne fallait pas que l’écart se creuse davantage. David et moi, nous nous sommes concertés. Nous devions risquer le tout pour le tout. David est parti le couteau entre les temps. Il a enchaîné les tours de qualif. A la fin de son relais, il était revenu presque à l’aspiration de l’Alfa des Anglais.

 

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Deux tours de plus et il la doublait. D’autant que son adversaire qui craignait de ne pas faire le poids perdait confiance en voyant la calandre de notre GTZ grossir dans ses rétros. Il ne pensait plus qu’à parer les coups et ne perdait de plus en plus de points - c'est-à-dire de secondes - dans le combat. Quand j’ai pris le volant, j’ai rapidement débordé la voiture rivale.

 

- Au milieu de la nuit, Ronnie s’est à nouveau trouvé à la lutte avec John Cliford, coupe Dom.

 

- Exact, approuve Éric. Mais Ronnie avait pris confiance. Il a accepté le bras de fer sans complexe. Les Alfa se doublaient et se redoublaient à chaque tour. Des yeux électriques des bolides au trèfle porte-bonheur pour pilotes jaillissaient des étincelles d’attaque, de pilotage agressif. Le tempérament de lutteur acharné de Ronnie exprimait toute sa rage de vaincre. Il rendait coup pour coup au cœur de lion du Britannique.

 

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« La course se poursuivit de relais en relais. Incertaine. Le combat restait équilibré sur le ring du Castellet. Mais nous savions tous qu’il suffit d’un seul coup pour faire basculer un match, le coup décisif qui envoie l’adversaire au tapis.

«  Lorsqu’il prit le volant pour la cinquième fois vers 10 heures le dimanche matin, David ne comptait que 8 secondes de retard sur Mark Alster. Tous les pilotes en bagarre avaient haussé leur niveau de jeu. Les voitures tenaient bon. Nous avions confiance dans leur comportement. « Il faut faire la différence maintenant, avait annoncé David avant de monter dans l’auto. Si nous n’arrivons pas à les sonner avant midi, nous irons vers une arrivée au sprint au dernier tour avec toutes les incertitudes que ça comporte. » Issu du kart, mon filleul retrouvait les sensations des duels sans pitié, roues contre roues, la guerre totale jusqu’à ce qu’un des adversaires rende les armes. David décida de faire voir à l’autre qui des deux était le champion pour rester dans l’atmosphère des boules de cuir qui bombardent. Du cuir, il y en avait d’ailleurs aussi dans les Alfa, sur le pommeau du levier de vitesse et du volant, des outils dont se servaient les pilotes dans le duel qu’il fallait gagner à tout prix.

« David l’estimait le vieux Mark Alster contre qui il se battait à coups de dixièmes de seconde. Il l’avait déjà vu en GT au volant d’Aston Martin, de Ferrari et de Porsche. Dans son habitacle, Mark Alster trouvait ce jeune furieux sans complexe sympathique. Un rookie qui en voulait, qui avait le fighting spirit, une qualité qu’un pilote anglais reconnaît forcément. Mais les cuirs des volants et des leviers de vitesses ne pensaient pas de même. Seule la victoire est jolie, écrivit Michel Malinovsky après sa seconde place derrière Mike Birch à l’arrivée de la Route du Rhum 1978. Une seconde place à 98 secondes du vainqueur après 23 jours de mer. Mais seulement une seconde place. Dans un match, il y a un vainqueur et un battu. Alors, il faut être vainqueur.

 

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- Mark Alster a usé de toutes les ficelles du métier, dit Dom.

 

KO pour les uns, délivrance pour les autres

 

- Et il en connaissait le bougre, poursuit Éric. Il savait s’accrocher, gêner l’adversaire par quelques petits coups qui entravent le talent, parer la plupart des attaques. Mais quand David passait devant, Mark avait de plus en plus de mal à rester dans l’aspiration. A un moment, nous nous aperçûmes qu’il avait beau feinter et faire semblant de se déporter à gauche et à droite l’approche des zones de freinage, il ne pointait plus sa calandre au niveau de notre GTZ. Il s’essoufflait. Au prochain coup porté par David, il serait sonné et en perdition. Serait-il sauvé par le gong annonçant la fin du calvaire de son relais ? Pas sûr.

 

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- Le dénouement intervint juste avant la fin du round, complète Dom. Il ne restait plus que deux tours avant que Mark Alster cède le volant à un de ses copains. David et lui ont rattrapé trois voitures moins rapides peu avant le Double droite du Beausset. David profita de l’aspiration et passa la dernière du groupe à l’extérieur avant qu’elle se place en trajectoire. Puis il avala les deux premières au freinage à l’intérieur. C’était chaud, très chaud. On n’aurait pas passé une main entre la Triumph GT6 débordée et l’Alfa. Mais comme il était le plus rapide et qu’il prenait un tour, les doublés devaient lui faciliter la tâche. Alster réalisa que s’il restait bloqué derrière les attardés, il allait perdre 100 mètres et se faire définitivement distancer. Il tenta le tout pour le tout et voulut s’engouffrer dans le sillage de David. Mais l’Austin Healey qui fermait la marche des attardés et avait laissé juste la place à l’extérieur pour que David s’y infiltre se déporta à l’extérieur au moment où l’Anglais la débordait. L’aile avant droite de la machine doublée toucha l’aile arrière gauche de celle qui la dépassait. Un gémissement d’aluminium torturé arracha sûrement une grimace au pilote anglais qui vénérait les belles carrosseries. L’Alfa jaune fut déséquilibrée. Son pneu arrière gauche déchiqueté éclata dans un vacarme de un coup de canon. L’Alfa des Anglais partit dans une série de travers qui se termina par deux tonneaux ponctués par les chocs de la carrosserie sur le bitume qui résonnèrent comme autant d’explosions.

 

- Mark s’en tira heureusement indemne, précise Éric. Mais il faudrait quelques dizaines d’heures de carrosserie pour redonner tout son lustre à la Giulia TZ qu’il pilotait.

 

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- Les pilotes anglais sont des seigneurs, souligne Dom. Mark Alster a attendu appuyé au mur de la piste que David repasse devant lui. Quand il est arrivé sur la zone de l’accrochage, l’Anglais s’est avancé au bord de la piste et il a applaudi David. En plus, les Anglais sont venus nous offrir une bouteille d’excellent whisky après l’arrivée. Et ils se sont fait photographier avec Ronnie.  Ils avaient compris le sens du motif en forme de nœud papillon et trouvaient son hommage à Mike Hawthorn génial.

 

- En descendant de voiture, David trouva un  Ronnie enthousiaste qui le porta en triomphe comme si notre équipage venait de remporter les 24 Heures du Mans, reprend Éric. Il restait encore cinq heures de course. C’est long, cinq heures de course. Jusqu’à la dernière seconde, un équipage risque d’encaisser un KO sur un mauvais coup. Mais ce jour-là, les Dieux de la course automobile étaient avec nous. Nous sommes allés au bout sans pépin et nous avons remporté notre catégorie…

 

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- Une victoire qui valut à l’équipage une pleine page dans le Courrier Atlantique du Pays de Lorient, conclut Dom. Avec une photo de la voiture en pleine action et les portraits des quatre pilotes. Je suis sûr que Ronnie s’est dit que cette fois, c’était lui qui avait plus d’espace dans les pages sportives que l’Ankou breton, combattant déchu qui redevenait le ridicule Hyppolite Guéméné que tout le monde considérait comme une andouille.

 

- A coup sûr, plaisante Éric. D’autant que comme David et moi étions des pilotes Vivia qui ne voulions pas trop mettre en avant notre course sur une Alfa et que Mario était marseillais et intéressait peu un journal régional breton, nous nous sommes débrouillés pour que le journaliste  du Courrier Atlantique du Pays de Lorient axe son article sur Ronnie, au niveau du texte comme des photos. Ce fut vraiment une page Ronnie Super Star qui enchanta notre ami. C’était un petit cadeau qu’il méritait bien et que David et Mario étaient autant disposés que moi à lui faire.

 

Vous aimez Alfa Roméo ? Le virus vous a contaminé ? Ne vous inquiétez pas, il ne nuira pas à votre santé.

 

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Vous souhaitez retrouver Ronnie et Éric dans une atmosphère Vintage avec des modèles de la marque au trèfle ? Découvrez  DUEL AU SOLEIL DES COTEAUX,: l’histoire d’un duel entre deux pilotes d’Alfa Roméo 2000 GTV Bertone groupe 1 en 1977 à Pouillé les Coteaux, avec quelques anecdotes sur d’autres concurrents  (en quatre chapitres) :

 

Le premier :

http://circuitmortel.blogs.myfreesport.fr/archive/2007/07/23/duel-au-soleil-des-coteaux.html

 

Le second :

http://circuitmortel.blogs.myfreesport.fr/archive/2007/07/25/duel-au-soleil-des-coteaux-2.html

 

Le troisième

http://circuitmortel.blogs.myfreesport.fr/archive/2007/07/26/duel-au-soleil-des-coteaux-3.html

 

Le quatrième :

http://circuitmortel.blogs.myfreesport.fr/archive/2007/07/27/duel-au-soleil-des-coteaux-4.html

 

Et surfez sans modération sur Alfa Vendée, une concession Alfa Roméo pas tout à fait comme les autres. Vous y découvrirez une autre façon de communiquer sur Alfa Roméo, sur Alfa Vendée SA Barteau… et sur tout ce qui les relie, l’Italie, le sport, la mode, le design … et les petites sorties. Un petit clic qui ne vous apportera que du bonheur :

http://www.alfavendee.com

 

 

Publié dans Univers parallèles

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oduduwa 27/03/2016 09:37

GET VOTRE AIMÉ Une fois de retour (ex). perdu des sorts d'amour, psychique, guérisseur herboriste, j'ai aidé les gens à résoudre leurs mariages, les relations et les problèmes d'amour avec mon puissant charme d'amour. Je dois humblement dire que je suis un taux de succès très élevé dans les circonstances suivantes:
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12) (Stérilité) si vous êtes à la recherche d'un enfant
13) Vous voulez être promu dans votre bureau.
DR Oduduwa
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EMAIL oduduwa.spiritualkingdom@gmail.com

MARIO 04/12/2009 11:16


bien vu - la course c'é un ring - un comba de costau


schuminette83 29/11/2009 12:56


Un authentique personnage marseillais au milieu des bretons, une course musclée sur le circuit Paul Ricard, en bonne fille du sud, vous m’avez mise en transe, peuchère. Il avait de bien bonnes
idées votre Mario. Un vrai ami, même si c’est vrai que David le minot, il était plus finaud et qu’il a raison de le tempérer parfois.

La 2 cv qui penche d'un côté, la belle Alfa, le catch, les bagarres, le P 38, les tumeurs de béton qui pousse aux pieds et dans le buffet, j’ai adoré. On voit bien ça finir dans notre midi. Mais
même s’il est très très méchant votre ankou breton, je vous le dis moi, il ne sera jamais aussi nuisible que certains bonshommes du monde de la vraie F1 d’aujourd’hui. Lui au moins l’ankou, quand
il est plus dans le coup, il s’efface sans faire le filou.

Je compte bien que votre ange gardien à vous, il va vite vous faire rêver à d’autres histoires Mimi.