Positif malgré tout…

Publié le par Patrice Dusablon

Par Patrice Dusablon

 

Le week-end dernier, Kimi Räikkönen participait à l’Arctic Lapland, son premier rallye au volant d’une Citroën C4 du championnat WRC. Bien qu’il ait déjà participé à ce Rallye en 2009, au volant d’une Fiat Abarth S2000 moins puissante que la C4, le résultat est de prime abords peu reluisant. Il termina 58ème suite à une sortie de piste dès la deuxième spéciale, qui ruina sa course, bien qu’il ait pu continuer jusqu’au bout suite aux réparations effectué par le team.

 

Pour les fans du finlandais trop optimistes, qui voyait Kimi gagner d’entré de jeu ou faire le podium, ce résultat a probablement l’effet d’une douche froide, pour ne pas dire « aussi glacée qu’Iceman lui même »! He oui, plusieurs fans devront avoir des attentes plus réalistes s’ils veulent continuer d’apprécier leur pilote préféré à sa juste valeur. En effet, j’ai  vu sur la section Rallye du site automoto365.com que 26.90% des votants du sondage voyaient Räikkönen gagner le premier rallye du championnat 2010 en Suède. Ouf ! Plusieurs risques d’être déçu ! Car si le résultat de l’Arctic Lapland montre que plusieurs devront revoir leurs attentes à la baisse, il montre surtout l’ampleur du défi que Kimi a choisit de relever.

 

Un autre « finlandais volant »

 

Toutefois, les plus connaisseurs de la discipline savent que le résultat, bien que médiocre si l’on regarde uniquement le classement, est plus que positif. D’abords, Kimi a réalisé 9 deuxièmes meilleurs temps derrière Sordo, gagant de l’épreuve et pilote officiel WRC depuis plusieurs saisons et qui bénéficie depuis deux ans de l’expérience du Maître Sébastien Loeb. Kimi est donc déjà très rapide, même si ce n’est que son cinquième rallye.

 

En fait, son résultat est dû à sa sortie de piste en deuxième spéciale, ce qui n’a rien de honteux, bien au contraire ! Jacques Cheinisse, qui dirigeait l’équipe Alpine en rallye lorsqu’elle se battait au plus haut niveau, déclarait qu’un pilote qui ne sort jamais n’était pas un bon pilote, car le fait qu’il ne sorte pas de piste démontrait qu’il n’allait jamais chercher la limite. Enfin, rappelons que les rois du rallye sortent d’ailleurs au moins une fois par saison, même Sébastien Loeb, maître de la discipline depuis 6 saisons!

 

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Kimi et Sébastien, cérémonie de la FIA en 2007

 

En fait, c’est probablement pour ça que Loeb a pris position en faveur de Kimi dans L’EQUIPE « Il s’adaptera à la discipline ne serait-ce que parce qu’il est finlandais. Mais laissez lui un peu de temps, car il va lui falloir un peu d’expérience avant d’envisager de monter sur un podium. » Loeb et Kimi partagent beaucoup de choses en vérité. Outre le fait d’avoir l’un et l’autre partagé la vedette de la cérémonie de la FIA mettant les champions du monde à l’honneur en 2007, ils possèdent des coups de volant parmi les plus beaux de leur génération. Ils n’hésitent pas à sortir de leurs disciplines originelles, respectent leurs adversaires et montrent l’humilité qui permet de progresser comme d’envisager plusieurs carrières.

 

C’est pourquoi Kimi lui-même, toujours calme et serein dans les dures moments, est très satisfait de sa performance « Les choses n’ont pas très bien débuté, puisque je suis sorti de la route dans la deuxième spéciale. Heureusement, la mécanique n’était pas endommagée et j’ai pu poursuivre le rallye. La suite a été bien meilleure et beaucoup plus régulière. Nous avons accumulé les kilomètres, ce qui était indispensable pour poursuivre notre apprentissage de la C4. Outre les performances, je suis satisfait de ma collaboration avec l’équipe. Nous avons fait évoluer les réglages dans le bon sens et nous allons continuer à travailler pour arriver en Suède dans les meilleures dispositions. »

 

Une « hyperspécialisation » des pilotes modernes

 

Un autre point important à souligner, il est très difficile de passer de la monoplace à des voiture sans appuis aérodynamique et des circuits aux terrains accidentés. Le passage d’une série monoplace à une série avec des voitures « conventionnelles » sur circuit asphalté est déjà tout un défi en soi ! Regardez les pilotes qui passe de la F1 au DTM, aucun ne c’est réellement démarqué. Le seul que je connais à avoir réussit l’exploit rapidement à l’ère moderne est Tony Stewart, champion de CART 1997 et double champion NASCAR 2002 et 2005. Il est passé du CART à la NASCAR de 1998 à 1999 et a gagné trois courses dès sa première saison. Il est le meilleur rookie de l’ère moderne du NASCAR.

 

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Stewart pilote pour SON équipe

 

Ceci démontre une chose, les pilotes modernes sont hyperspécialisés ! D’abords l’entrainement débute à des âges beaucoup plus jeunes, c’est pourquoi les pilotes qui débute en F1, NASCAR et autres disciplines, sont de plus en plus jeunes. Pensons à des pilotes comme Sébastian Vettel, Joey Logano et Kyle Busch. Mais surtout, le choix entre une carrière en monoplace ou en stock car doit être fait rapidement. La « lutte pour le moindre centième » en piste dans la course automobile moderne en a décidé ainsi, vu tout l’argent en jeu de nos jours. Les équipes doivent "miser très tôts sur les bons chevaux", Hamilton chez McLaren en est l'exemple parfait. Fini le temps où les pilotes « s’essaient» régulièrement dans plusieurs disciplines. Actuellement, une participation à une autre discipline doit parfois être négociée dans le contrat pour les pilotes. Pensons à Kimi qui voulait fin 2009 rouler pour McLaren et disputer quelques rallyes, ce que McLaren refusait. Ou encore Loeb qui voulait piloter une Toro Rosso en remplacement de Bourdais, ce que Citroën refusa.

 

La meilleure comparaison avec Kimi, pour le passage de la monoplace aux voitures de séries (bien que très modifiés), est selon moi Juan Pablo Montoya en NASCAR. Les pilotes qui passèrent de la F1 au DTM étaient souvent en fin de carrière, tel Ralf Schumacher ou Frenzen. Alors que Montoya, qui comme Kimi a choisit de quitter la F1 fin 2006, s’est reconverti en stock car aux USA. Il aura fallu trois ans à Montoya, gagnant du Grand Prix de Monaco, des 500 miles d’Indy et des 24 heures de Daytona, pour lutter pour le titre lors du « chase » 2009. Les experts de RDS disent qu’il faut trois ans pour s’adapter de la monoplace à la NASCAR. Piquet est donc averti… et vu ses résultats en F1…

 

Pour revenir à Kimi, 2010 risque d’être une saison difficile pour lui. Le passage de la F60 à la C4 est déjà un défi énorme en soi. Conduire avec des notes en est un autre. Piloter sur des terrains variés et accidentés, après plusieurs année sur les circuits, sera tout aussi difficile pour Kimi. Enfin, rappelons que les pilotes qui gagnent des rallyes en WRC ont mis plusieurs saisons à apprendre le métier, avec des voitures de plus en plus puissantes et dans des épreuves de plus en plus difficiles. Les difficultés de Valentino Rossi, lorsqu’il a participé à son premier RAC (Rallye de Grande-Bretagne) au volant d’une Peugeot 206 WRC, démontrent qu'il n'est pas facile de disputer un rallye. Il s’est sorti dès les premiers kilomètres… donc soyons patient pour Kimi.

 

C’est d’ailleurs ce qu`a conclu Benoît Nogier, team manager de Citroën Racing Technologies « Dani a fait la course que l’on attendait de lui. Performant et régulier, il a développé sa confiance sur le terrain le moins naturel pour lui. Quant à Kimi, il a su mettre derrière lui sa mésaventure en début de course et aller au bout d’un rallye difficile, en progressant au même rythme que Dani. »

 

Si un talent naturel de pilote comme Stewart a réussit largement sa conversion du CART à la NASCAR, pourquoi un autre talent natuel comme Kimi ne pourrait pas faire le saut avec succès en rallye? Ce que personne n’a fait jusqu’à présent. Gageons que celui qui a accédé à la F1 avec seulement une trentaine de courses en monoplace et fut finalement champion en 2007, après deux défaites par bris mécaniques en 2003-05, saura s’adapter à une discipline qui le passionne de puis son enfance. Et la première révélation du champion F1 2007 en WRC pourrait bien être la première épreuve sur asphalte ! Mais d’ici là, soyons patient et …

 

…prochain rendez-vous, le rallye de Suède WRC, du 12 au 14 février.

 

Interview Kimi en français

Publié dans Actualité

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Sabrina 07/02/2010 16:58


Wow! Très joli article sur le weekend en rally de Kimi! J'èspere que tout ira bien au prochain rally. Ce sport est tellement génial!

Après cette saison, la F1 va rougir d'envi le WRC! Si seulement l'atmosphère était comme avant... POur l'instant, je crois que c'est peine perdu.

À la prochaine!

Sab


Thierry 05/02/2010 09:49


Bonjour,

Le rallye est une discipline particulièrement difficile et souvent à l’opposé du circuit. En F1 et plus généralement sur piste, les pilotes roulent sur un terrain dont ils ont appréhendé chaque
millimètre. Hors les cas de pluie, l’adhérence des voitures y est très forte. Avec les appuis aérodynamiques sur un proto ou une F1, ce sont plusieurs tonnes que l’effet conjugué de la vitesse et
de l’air font peser sur la voiture. La télévision atténue l’effet de vitesse, mais tous les spectateurs qui assistent pour la première fois à un GP ou à une épreuve d’endurance s’avouent stupéfaits
de l’adhérence.

En rallye aussi les voitures donnent une impression d’efficacité extraordinaire et de vitesse hallucinante. Les WRC d’aujourd’hui offrent une efficacité diabolique par rapport aux Berlinettes et
Porsche 911 qui balayaient les routes avec leurs trains arrière à des époques devenues Vintage. Elles bondissent d’un virage à l’autre sur des pistes étroites, souvent défoncées, à l’adhérence
variable et faible, tout au moins quand le parcours emprunte des routes sur terre ou des voies enneigées, voire verglacées. Le tout entre des obstacles naturels (arbres, rochers…) qui, si les
pilotes les oublient, donnent des frayeurs à leurs proches.

En rallye, il faut lire la route et improviser en permanence sur des pistes que les pilotes ont peu reconnues, réglementation oblige. Daniel Elena n’hésite d’ailleurs pas à déclarer que la
supériorité de Sébastien Loeb tient entre autres à sa lecture de la route, meilleure que celle de ses concurrents. Apprendre à lire la route, à affiner les notes, à piloter à l’aveugle sans
hésitation en se fiant à 100% à l’annonce du navigateur, ça demande forcément un temps d’adaptation. Le pilote de F1 parfait est un peu un robot bien programmé qui ne se déréglerait pas. Le pilote
de rallye parfait doit à l’inverse improviser à chaque fraction de seconde et sortir du logiciel de base. A titre d’exemple, la trajectoire théorique ne sera pas forcément la meilleure car un trou,
une bosse, un dévers, une pierre, peuvent la transformer en piège. L’apprentissage du rallye est plus long que celui de la piste. Kimi arrive avec une capacité de vitesse phénoménale, un talent
naturel rare, mais il lui faudra quand même un peu de temps avant de jouer la gagne en rallye sur tous les terrains. N’oublions pas que même Sébastien Loeb a mis plusieurs saisons avant de gagner
en Suède. Par contre, Kimi sera plus vite performant dans les rallyes disputés sur asphalte où je ne serais pas surpris qu’il devienne le principal rival de Seb avant la fin de la saison.

Certains ont reproché à Kimi d’être un pilote à l’ancienne. Un commentaire qu’il convient de relativiser compte tenu de son contexte, celui d’un jeu politico-médiatico-financier relayé par une
campagne savamment et férocement orchestrée contre lui dans le but avoué de lui nuire et de lui faire perdre son baquet à tout prix. Un poker truqué et menteur dont le prix fut finalement payé par
une banque qui vise avec ses compères des finalités qui n’ont pas grand-chose à voir avec les valeurs du sport. Mais pour ma part, je ne crains pas d’affirmer que qualifier un pilote de « pilote à
l’ancienne », c’est un sacré compliment. Car dans le contexte d’hyperspécialisation du sport automobile contemporain, il faut une sacrée passion du pilotage, un beau courage et un talent pur comme
un diamant brut pour lancer le défi de l’éclectisme comme le firent en leur temps d’immenses pilotes comme Stirling Moss, Jim Clark, Lucien Bianchi, Didier Pironi ou Jacky Ickx.

Bravo Kimi et à bientôt sur un podium à côté de Seb. Ce sera sans doute assez rapidement dans une épreuve sur asphalte.

Cordialement,

Thierry