Mike Hawthorn, une vie de rêve et de cauchemar

Publié le par Patrice Dusablon

Par Thierry Le Bras

http://circuitmortel.hautetfort.com

 

Confidentiel Paddocks aime et respecte tous les pilotes qui avaient du cœur et entretenaient un lien de passion fusionnelle avec la course automobile. Ce, quelle qu’aient été leur discipline et leur époque. Aussi, ce blog évoquera-t-il des pilotes disparus à la date anniversaire de leur décès.

 

Champion du monde de F1 1958, vainqueur les 24 Heures du Mans 1955, Mike Hawthorn aura accroché à son palmarès deux fleurons qui font rêver tous les pilotes.

 

PORTRAIT MIKE HAWTHORN 5

10 avril 1929 - 22 janvier 1959

 

Déjà remarqué en Angleterre puis à l’étranger par les spécialistes du sport automobile, Mike Hawthorn étala son talent à la face de tous le dimanche 5 juillet 1953 au Grand-Prix de France 1953 sur le circuit de Reims., une course qui donna lieu à un final ahurissant. A cinq tours de l’arrivée, Hawthorn sur Ferrari et Fangio sur Maserati étaient roues dans roues. Ils se livrèrent un duel acharné, se doublant et se redoublant sans cesse. A l’amorce du dernier tour, ils passèrent devant les tribunes côte à côte. Qui allait l’emporter ? Fangio sembla prendre un instant l’avantage, mais l’épingle du circuit lui fut fatale. Gêné par une première qui ne passait plus, il perdit du temps à la sortie du virage le plus serré  et franchit la ligne d’arrivée 36 mètres derrière Hawthorn. En Anglais soucieux de son apparence, Mike Hawthorn s’était présenté au départ vêtu d’un blouson en daim vert et d’un nœud papillon.

 

PORTRAIT MIKE HAWTHORN 6

 

Mike avait abordé les sports mécaniques à 17 ans par la moto. Puis après une première saison automobile où il s’était montré à son avantage, Ferrari l’embaucha en 1953 et lui renouvela sa confiance en 1954. Ces débuts flamboyants semblaient le conduire au paradis.

 

MIKE HAWTHORN SUR FERRARI 1

 

L’enfer n’était pourtant pas loin. En 1954, la mort de son père et un accident dont il se releva avec de  douloureuses brûlures lui rappelèrent qu’il n’était pas un enfant chéri du destin. D’ailleurs, Mike le savait déjà. Il souffrait depuis longtemps de problèmes d’insuffisance rénale. Ses ennuis de santé lui  avaient valu d’être dispensé des obligations militaires. Soudain, en 1954, la presse anglaise se déchaîna contre lui. Elle lui reprocha de ne pas avoir fait son service militaire et de faire gagner des voitures étrangères, en l’occurrence des Ferrari. Un Chef d’État français déclara un jour que certains mots pouvaient tuer aussi sûrement que des balles. En tout cas, ils font très mal quand ils claquent avec la volonté délibérée de tuer au moins une carrière, sinon l’homme. D’autant que les pilotes les plus loyaux n’ont pas été préparés aux artifices machiavéliques des jeux politiques.

 

MIKE HAWTHORN AU MANS 55 2

 

Ulcéré à la fois par les reproches qui s’abattaient sur lui et le récent décès de son père, Mike Hawthorn céda aux avances de Jaguar pour la saison d’endurance 1955 et se réfugia chez Vanwall en F1. La possibilité de passer plus de temps en Angleterre et de veiller sur le garage familial joua certainement un rôle dans ce choix. Au Mans 1955, il fit équipe avec Ivor Bueb. La première heure de course donna lieu à une bagarre incroyable entre la Jaguar de Hawthorn et la Mercedes de Fangio. Les deux pilotes roulaient comme en Grand-Prix. Le boulot de Mike était d’entraîner les Mercedes à suivre son train d’enfer. Tant pis s’il cassait pourvu qu’il épuise l’adversaire. En plus, il est probable que ce duel sonna comme une revanche du Grand-Prix de Reims 1953. Même s’ils se respectaient, chacun des deux pilotes entendait montrer à l’autre qu’il n’avait pas peur de lui et qu’il allait le battre. En outre, Mike Hawthorn était anglais. Il avait déclaré qu’il « ne voyait pas pourquoi une voiture allemande battrait une voiture anglaise ». Son père s’était battu conte les nazis. Lui-même avait connu le traumatisme des bombardements sur l’Angleterre, la crainte des méfaits de la cinquième colonne, la peur de la folie meurtrière d’Hitler. La guerre n’était pas loin en 1955… Un concours de circonstances aussi improbable que dramatique fit de Mike un des acteurs du terrible accident du Mans 1955. Macklin (Austin Healey) et Levegh (Mercedes), à qui il avait pris un tour et qui le suivaient, n’anticipèrent sans doute pas sa manœuvre tardive d’arrêt au stand pour ravitailler. Ils s’accrochèrent, déclenchant un terrible accident.

 

MIKE HAWTHORN AU MANS 1955

 

Une décision judiciaire du 10 novembre 1956 considéra qu’il n’y avait pas lieu d’engager une action pénale contre qui que ce soit car il n’y avait pas de preuve de ce que quiconque ait pu commettre un homicide ou des blessures involontaires par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou non observation des règles. C’était sans doute la meilleure décision possible car il vaut mieux s’attacher à éviter d’autres drames dans l’avenir que chercher des coupables à tout prix pour des accidents que rien ne permettait raisonnablement de prévoir. Tout se passe  très vite en course. Les infrastructures peuvent être mises en cause, mais comment reprocher à un pilote qui est là pour rouler à la limite de sa voiture un concours de circonstances qui se produit en une fraction de seconde ? Mike Hawthorn et son équipier Ivor Bueb remportèrent les 24 Heures du Mans 1955, mais leur victoire ne fut pas célébrée comme les autres.

 

MIKE HAWTHORN SUR FERRARI 2

 

Mike retourna chez Ferrari après un bref passage en F1 chez BRM en 1956. Il remporta le titre mondial 1958 mais arrêta la compétition en fin de saison. Il avait remporté trois Grands-Prix et dix-huit podiums. L’accident de 1955 l’avait beaucoup marqué. Les décès sur la piste de ses amis Peter Collins, Luigi Musso et Stuart Lewis-Evens l’année de son titre le peinèrent énormément. Ses problèmes de reins s’aggravaient.

 

 

II n’eut hélas pas le temps de profiter de sa retraite sportive et trouva la mort le 22 janvier 1959  dans un accident de voiture survenu sur une route de la campagne anglaise. Il conduisait une Jaguar MK I et  n’avait pas encore fêté son  trentième anniversaire.

 

Pour en savoir plus sur Mike Hawthorn, n’hésitez pas à visiter le site qui lui est consacré :

http://www.mike-hawthorn.org.uk/home.php

 

Mike, le solide Anglais courageux au fighting-spirit de guerrier mérite que les passionnés de course automobile se souviennent de lui et s’intéressent à son histoire.

Publié dans Hommage

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AFV001 08/03/2010 11:18


Très gentleman driver, Mike.
Y-t-il encore des pilotes aussi gentlemen ? J'en doute.
Quant à l'élégance sûrement pas : maintenant les pilotes sont déguisés en panneaux publicitaires ambulants...


Geoffroy 21/01/2010 13:42


Très très bon article, très bien documenté. Hawthorn ne profitera pas longtemps de sa retraite comme vous le dites puisque le 22 janvier 1959, sur une route de campagne humide, il perd le contrôle
de sa puissante Jaguar, heurte une camionnette, avant de s'encastrer dans un arbre... Quelle ironie du sort...