L’art de courir sous la pluie

Publié le par Patrice Dusablon

Par Thierry Le Bras

http://circuitmortel.hautetfort.com

 

« Agir avant de réagir ».

 

« La voiture va où vont les yeux ».

 

« Il (le champion dont le narrateur était le passager) enfonça la pédale d’accélération ».

 

« Je n’ai jamais connu rien de tel. La sensation de vitesse ! Rien sur terre ne peut égaler ça. »

 

1 DE COUV ART COURIR SOUS LA PLUIE

 

Qui rapporte de tels propos ? Un moniteur de pilotage ? Un journaliste spécialiste de course automobile ? Non, un chien, un bon chien, un brave chien, un chien de pilote, un être proche de l’homme, doté d’une intelligence insoupçonnée et injustement brimé par une enveloppe canine qui lui interdit l’usage de la parole et de ses pouces.

 

Enzo, le chien narrateur, vit avec un pilote. Il partage ses joies, ses peines, celles de sa famille. Il passe des journées entières devant la télévision branchée sur des chaînes de sport automobile. Il partage notre passion et sait tout sur le sport qui nous fascine. Peut-être nous en remontrerait-il sur l’histoire de Ferrari, d’Alfa-Roméo ou de Lotus.

 

Il exprime son avis sur les pilotes

 

« Un héros sans défaut n’a aucun intérêt pour le public et pour l’univers, qui est bâti sur des conflits et des oppositions, les forces irrésistibles rencontrant les objets inamovibles », affirme-t-il. « C’est typiquement pourquoi Michael Shumacher, un des pilotes de Formule 1 les plus doués de sa génération, vainqueur de plus de courses, de championnats, détenteur de plus de pole positions qu’aucun autre pilote, est souvent oublié des listes de fans de sport automobile. Il n’est pas comme Ayrton Senna, qui utilisait souvent les mêmes tactiques sournoises et osées que Schumacher, mais avec un clin d’œil, et c’est pourquoi on disait de lui qu’il était charismatique et sensible, et pas froid et distant comme Schumacher. »

 

Tout au long des pages de ce roman captivant, Enzo, chien plein de bon sens et d’humour, analyse la vie en soulignant sa ressemblance avec la course automobile. Une course, c’est quelque part un concentré des temps forts de la vie.

 

La lecture, expression suprême du luxe

 

« Piloter, c’est un truc d’égoïste », me confia un jour Olivier Panis.

 

Le pilotage d’une voiture de course offre en effet un plaisir intense à l’écart des autres. Le temps passé dans le cockpit ne se partage pas. C’est un moment de jouissance unique pendant lequel rien d’autre ne compte.

 

Lire aussi, c’est un truc d’égoïste. Car le lecteur s’immerge dans un monde parallèle. Il y vit des temps forts avec les héros de l’histoire. Personne d’autre que lui n’a de place dans cet univers, pas même ses proches.

 

FERRARI F1 GDE

Michael Schumacher fut toujours un as sous la pluie ;

ici aux essais du GP de France  2003 à Magny-Cours

 

Accéder à quelque chose d’unique, n’est-ce pas un attribut sublime du luxe ? Alors, je me permets un conseil. Plongez sans retenue ni complexes dans le monde du luxe. Avec L’art de courir sous la pluie, Garth Stein, l’auteur, vous invite à accéder au luxe pour une somme raisonnable, moins de 20 €. Reconnaissez qu’à ce prix-là, il serait dommage de vous priver d’une histoire hors normes qui fera voyager votre imagination dans un univers fascinant, celui de la course automobile.

 

Ceux qui se souviennent des seventies décèleront peut-être l’influence discrète d’un best-seller de cette époque, Love story. Cette inspiration fut-elle consciente dans l’esprit de l’auteur ? Je n’en suis pas certain. Comme Erich Segal, Garth Stein ne ménage pas ses héros. Pas de mièvrerie, pas d’artifices, mais beaucoup d’émotions et de sensibilité.

 

En tout état de cause, qu’il existe ou non une parenté entre L’art de courir sous la pluie et Love story, le roman de Garth Stein possède une originalité et une force qui en font un

 livre à lire absolument

 

L’art de courir sous la pluie

Par Garth Stein

Éditions First

 

« Les personnages de fiction vivent, non seulement dans l’esprit de leur créateur, mais aussi dans un monde parallèle où ils entraînent les lecteurs », écrivit Serge Dalens. Quoi de plus excitant dès lors que de suivre des personnages dans des univers qui nous fascinent, notamment celui de la course automobile. Étant moi-même auteur d’ouvrages (récits, biographies, romans policiers) ainsi que de nouvelles automobiles (cf. par exemple Les Aventures de Ronnie sur ce blog en cliquant sur http://confidentielpaddocks.over-blog.com/categorie-11119066.html ), je guette sans relâche la sortie des ouvrages dont l’action se déroule dans le monde du sport automobile. Celui que je vous présente aujourd’hui date de l’été 2008, mais son originalité m’a incité à l’évoquer nonobstant sa sortie de l’actualité littéraire récente. D’autant qu’un bon livre n’est pas un kleenex qu’on jette après le premier usage. D’autres présentations de livres suivront bientôt.

 

Publié dans Éditorial

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