Partager l'article ! José Dolhem, éclectique, rapide et fiable: Par Thierry Le Bras http://circuitmortel.hautetfort.com «  ...
Par Thierry Le Bras
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« Nous aimons tout ce qui va vite avec un moteur », affirmait José Dolhem.
Nous, c’était lui bien sûr, mais aussi Didier Pironi, son demi-frère avec qui il entretenait une relation très forte depuis l’enfance, « L’un et l’autre, c’était pareil, confie Pierre Harnois qui travailla avec eux lorsque Didier se lança dans le off-shore. Les deux moitiés d’un même homme. » José et Didier furent élevés dans la même propriété à Boissy Saint-Léger, près de Paris, ce qui contribua à leur proximité.
26 avril 1944 – 16 avril 1988
De fait, José, huit ans plus âgé que Didier, joua un rôle évident dans la passion de son cadet pour les motos, les voitures de course, les avions et les hélicoptères. Adolescent, Didier accompagne José sur les circuits. Il rencontre Jean-Pierre Beltoise, Patrick Depailler, Jean-Pierre Jarier, François Cevert et même Jim Clark. Il apprend à conduire dans des circonstances exceptionnelles. José roule en R8 Gorde au quotidien. « Avec la Gordini, nous avons passé des nuits entières sur les routes et couvert plusieurs milliers de kilomètres, racontera Didier. Parfois, José me laissait le volant et devenait pour un temps le super moniteur d’une super auto-école. Il me conseillait, m’expliquait le pourquoi, le comment, corrigeait mes défauts… »
« Ce qui est amusant avec le recul, rapporte Gilles un des fils de Didier Pironi, c'est que Didier (NDLR : le frère jumeau de Gilles) et moi avons, nous aussi, effectué plusieurs centaines de kilomètres dés l'âge de 15 ans avec nos cousins (NDLR : Axel et Thibaut, les fils de José Dolhem). Ils nous faisaient conduire successivement et nous hurlaient dessus au premier à-coup ou talon-pointe mal effectué. Nos cousins ont toujours eu une approche paternelle avec nous. »
Un pilote doué et complet
Mais José ne fut pas que le demi-frère de quelqu’un. Il fut d’abord un pilote doué, éclectique, qui conquit la confiance de patrons de teams dont le professionnalisme et la capacité de sélectionner les meilleurs ne saurait être mise en doute.
« D’ailleurs, mon père trouvait que José avait plus de talent pur que lui, témoigne Gilles Pironi, José était également un pilote d'avion exceptionnel. »
La carrière de pilote de José commença en 1964. Avec Claude Swietlick et Michel Ménétrier, il défendit les couleurs de la région Ille de France dans l’Opération Ford Jeunesse Coupe des Provinces. Durant toute la saison, il se battit au volant d’une Lotus Seven au sein d’un peloton particulièrement relevé. Car parmi les pilotes en vue dans cette compétition figuraient de futures pointures comme Pescarolo, Mieusset, Servoz-Gavin, Depailler, Dayan… Une belle classe de champions.
Dans la famille de José et de Didier, le sport de compétition est admis, mais les études passent avant tout. José poursuit les siennes. Il les privilégie même après l’opération Ford Jeunesse, jusqu’à l’obtention d’un diplôme d’ingénieur BTP.
En 1969, José se lance dans le grand bain. Il s’inscrit au volant Shell et remporte la finale sur le circuit de Magny-Cours en battant Alain Cudini, Jean Rondeau et Jacques Coche.
Dans le baquet d’une F1
Après sa victoire au Volant Shell, José va grimper les échelons. Formule France, F3, F2. En Formule 2, il courra notamment pour Franck Williams.
Puis il fait la connaissance de John Surtees. L’ex champion du monde de moto et de Formule 1 lui propose un programme mixte, F1 et F2, pour 1974. La proposition paraît alléchante. Tout le monde respecte John Surtees, un grand champion qui a marqué l’histoire des sports mécaniques. Seul bémol, John Surtees ne connaît pas la même réussite en tant que constructeur que ses pairs Bruce McLaren ou Jack Brabham. Non, son parcours de constructeur en F1 ressemble davantage à ce que sera bientôt celui d’Emerson Fittipaldi avec ses Copersucar. Un long chemin de croix malgré la passion, l’acharnement et les efforts des pilotes.
La F1 est un sport mécanique. La réussite d’un pilote dans ce milieu ultra-concurrentiel suppose non seulement le talent et la volonté, mais aussi une équipe susceptible d’apporter un bon matériel et une logistique efficace. L’équipe de John Surtees ne sera pas capable de fournir ce matériel ni ces services aux pilotes qui s’engagent à ses côtés.
Comme beaucoup d’autres, José Dolhem accumulera les désillusions chez Surtees. En 1974, le championnat se joue entre Emerson Fittipaldi (McLaren), Clay Reggazzoni (Ferrari), Jody Shekter (Tyrell). Les écuries McLaren, Tyrell, Ferrari, Lotus et Brabham se partagent les victoires. Les Surtees ne sont pas dans le coup.
Engagé pour les Grands-Prix de France, d’Italie et des Etats-Unis, José ne parviendra à se qualifier ni à Dijon ni à Monza. A Watkins Glen, il hisse sa modeste monoplace sur la grille de départ. Hélas, son équipier Helmut Koinigg se tue au 9ème tour du Grand-Prix. L’écurie décide d’arrêter José au 25ème tour en signe de deuil.
Avec les meilleurs teams en endurance
José partageait avec Didier un courage naturel et un sens inné du dépassement de soi. Il se donnait à fond dans ce qu’il faisait, y compris le ski. Cela lui joue un mauvais tour au début de l’année 1975. Un excès d’optimisme sur les pistes enneigées se traduit par un accident et une sérieuse blessure au cou qui le contraint à faire l’impasse sur la saison 1975.
Aucun plan en F1 ne se dessine à l’horizon 1976. Mais José ne courait pas qu’en monoplace. A titre d’exemple, il partagea avec Jürgen Barth au Tour de France Auto 1971 le volant de la fameuse Porsche 911 jaune avec des flammes psychédéliques rouges préparée pour Gérard Larousse l’année précédente.
Et surtout, il courut en endurance sous plusieurs couleurs. Il disputa régulièrement les 24 Heures du Mans et y connut des fortunes diverses, comme d’autres habitués de la classique mancelle. En 1973, il se classa 9ème au volant de la Ferrari 365 GTB 4 engagée en catégorie GTS par Charles Pozzi. Il partageait le volant avec Alain Serpaggi.
En 1974, il fut engagé par Matra, un des teams qui couraient pour la victoire. Il faisait équipe avec Jean-Pierre Jaussaud et Bob Wollek sur la 680 numéro 8. Au début de la nuit, leur voiture pointait à la seconde place. Manque de chance, le moteur V12 au chant magique cassa peu avant minuit, atteint par un mal qui mit fin au même moment à la course d’une des voitures sœurs, celle de Beltoise et Jarier.
Remis de son accident et apte au service en 1976, José Dolhem signe avec le Fred Opert Racing pour piloter une Chevron en F2. Et il est intégré à l’équipe Alpine Renault aux 24 Heures du Mans. Cette année-là, l’équipe française vient apprendre l’épreuve reine des courses d’endurance. Elle n’engage qu’une voiture, l’A 442 confiée à José Dolhem, Jean-Pierre Jabouille et Patrick Tambay. L’équipage remplit parfaitement sa mission. L’Alpine part sur la première ligne, boucle six tours en tête avant de rétrograder à cause de problèmes d’allumage. Elle remontera à la troisième place avant d’abandonner à une heure du matin. La croisade mancelle engagée par Renault se terminera par la victoire. Ce sera deux ans plus tard, en 1978, avec l’A 442B pilotée par Didier associé à Jean-Pierre Jaussaud
En 1976 justement, José et Didier préparent l’avenir en empruntant le grand circuit des 24 Heures. L’un travaille à construire l’expérience de Renault. L’autre court ses premières 24 Heures sur une Porsche 934 :
Le ciel n’a pas de préférés, pas même les frères pilotes
En 1977 et 1978, José Dolhem participe à des courses de Formule 2 au volant d’AGS. Il dispute aussi les 24 Heures 78. Pressenti sur une Porsche 934, il part finalement sur l’Alpine A 442 officielle numéro 4 dont il partage le volant avec Jean Ragnotti et Guy Fréquelin. L’équipage se classera à la quatrième place.
José met fin à sa carrière de pilote automobile en 1979. Didier a repris le flambeau de la famille. Il a remporté les 24 Heures du Mans et conquis sa place dans le monde de la Formule 1.
Lorsque durant les années de rééducation après l’accident d’Hockenheim, Didier Pironi se lance dans un programme off-shore en attendant de revenir à la F1. il organise cette activité au sein d’une société qu’il appelle Leader, clin d’œil à Jean Graton, le créateur de Michel Vaillant dans les albums de qui il apparaît souvent. Naturellement, il associe José à son entreprise.
Les deux hommes aimaient tout ce qui allait vite avec un moteur. Ils mourraient dans l’exercice de leurs passions. Le 16 avril 1988, moins d’un an après l’accident de Didier au large de l'île de Wight en Angleterre, José trouva la mort aux commandes de son avion dans la région de Saint-Étienne.
Du Paradis des pilotes s’il existe, nul doute que José et Didier voient avec bonheur leurs enfants respectifs, Axel et Thibaut, les fils de l’aîné, Gilles et Didier, ceux du cadet, hériter de leur passion et, surtout, entretenir des relations proches.
« Après les morts soudaines de mon père et de mon oncle, je pense que rien ne leur aurait fait plus plaisir que de savoir que la relation Pironi-Dolhem resterait la même une génération plus tard », confirme Gilles.