Jim Clark, un des plus grands seigneurs de la course

Publié le par Patrice Dusablon

Par Thierry Le Bras

http://circuitmortel.hautetfort.com

 

Comment raconter Jim Clark en quelques lignes ? Jim Clark fait partie des plus grands pilotes de l’histoire de la F1. L’homme et sa carrière méritent des livres, que dis-je, des encyclopédies, des documentaires, des films, des soirées thématiques sur les grandes chaines de télévision. Alors, aucune des ébauches d’hommage que j’ai entamées ne m’ayant satisfait, j’ai choisi de vous rapporter l’émotion que m’a causée sa disparition.

 

PORTRAIT JIM CLARK 1

14 mars 1936 – 7 avril 1968

 

Le printemps 1968, la plupart s’en souviennent à cause des événements qui firent trembler la République. Mais objectivement, l’actualité qui me marqua le plus cette année-là fut la disparition de Jim Clark dans une course de Formule 2 le 7 avril à Hockenheim. J’allais sur mes 14 ans en 1968. Autant dire que j’étais un adolescent fasciné par le formidable tourbillon des sixties. J’aimais les bolides, les AC Cobra, les Lotus Elan, les Ford MK II et MK IV, les Porsche 908, les Ford Alan Mann, les McLaren, les impressionnantes Chaparral, les R 8 Gorde et les Alpine, les Cortina Lotus et les Kadett Rallye, les Mercedes 280 SL décapotables, les Jaguar Type E, les Alfa GTA, les Abarth, les BMW, les Cooper S, les Maserati, toutes les machines qui émettaient des Vroooaaaarrrr rageurs sur les routes et les circuits.

 

Jim Clark, le héros de mon enfance

 

Je m’intéressais bien sûr aux pilotes de la Formule 1 et des autres disciplines. Et pour moi, Jim Clark était un véritable héros. Sa biographie, Jim Clark par Jim Clark parue aux Éditions Marabout deux ans plus tôt, faisait partie de mes livres de chevet. J’avais monté religieusement la maquette au 1/24ème de la Lotus 39 numéro 82 avec laquelle il avait remporté les 500 miles d’Indianapolis 1965 et elle trônait à une place de choix dans ma chambre, à côté de la Lotus Climax F1 au 1/43ème commercialisée par Corgi Toys.

 

JIM CLARK A INDY 65

Jim Clark, vainqueur des 500 miles d’Indianapolis 1965

 

Jim avait connu quelques déboires en 1966 et au début de la saison 1967. 1966 avait marqué le début d’une nouvelle réglementation. Les moteurs 1500cm3 laissaient place à des 3 litres. Colin Chapman, créateur du Team Lorus, choisit d’équiper sa monoplace du moteur BRH H16, mais hélas, celui-ci s’avéra très décevant. L’année suivante, Colin jeta son dévolu sur le Cosworth. Une excellente solution. Seul inconvénient, le nouveau V8 ne fut livré qu’à Zandwoort. Jim Clark y remporta la victoire. L’association Lotus-Cosworth démarrait sur de bonnes bases.

 

JIM CLARK NURBURGRING 1967

Jim Clark au Nürburgring en 1967

 

1968 s’annonçait sous les meilleurs auspices. Jim Clark remporta le premier Grand-Prix de l’année à Kyalami en Afrique du Sud. La suite de la saison devait confirmer l’efficacité de la Lotus49. Mais le 7 avril sur la piste d’Hockenheim, un accident dont la cause ne fut jamais éclaircie stoppa brutalement la trajectoire du champion écossais. Ce jour-là, Jim Clark ne disputait même pas un Grand-Prix comptant pour le championnat du monde des conducteurs, mais une simple course de Formule 2. Au 5ème tour, les mécaniciens et les spectateurs les plus  avertis comprirent qu’il rencontrait un problème sur sa monoplace. La Lotus F2 ne passerait plus jamais devant son stand. Elle quitta brutalement la piste dans une courbe rapide et s’écrasa contre des arbres. Probablement à cause d’un problème technique. Il était 12 heures 40. Jim Clark fut tué sur le coup. Son décès fut confirmé à 15 heures. A l’époque, l’information circulait moins vite qu’aujourd’hui. Internet n’existait pas. Les chaines TV thématiques non plus. Je me souviens avoir appris la terrible nouvelle aux informations télévisées du soir.

 

JIM CLARK DERNIER DEPART

Le dernier départ de Jim Clark

 

La mort de Jim Clark m’ayant bouleversé, j’ai décidé d’adresser mes condoléances à sa famille. J’ai adressé ma lettre à un grand magazine de sport automobile en demandant aux journalistes d’avoir la gentillesse de la faire suivre à la famille du pilote écossais. Ils l’ont fait, et quelques semaines plus tard, j’ai reçu une photo dédicacée de Jim Clark jointe à une lettre de remerciements des siens. J’en fus très touché.

 

Un immense pilote indissociable de l’histoire de Lotus

 

Jim représentait le pilote parfait, à la fois rapide, intelligent et gentleman. Déjà deux fois champion du monde de F1, vainqueur à Indianapolis en 1965, auréolé d’une quantité impressionnante de victoires dans toutes les disciplines, il me paraissait immortel comme tous les grands champions. Je me trompais lourdement sur ce point, hélas.

 

Bien que sa carrière ait pris fin beaucoup trop tôt, Jim Clark avait déjà construit un remarquable palmarès. A cette époque, les saisons de Formule 1 comptaient beaucoup moins d’épreuves qu’aujourd’hui. Sur 72 Grands-Prix disputés, Jim Clark remporta 25 victoires, signa 33 pole positions, mena 43 courses, réalisa 28 meilleurs tours en course et monta 32 fois sur le podium. Des pourcentages éloquents.

 

 

La collaboration de Jim Clark avec Colin Chapman fait partie des faits marquants de sa carrière. Elle commença en 1960 et dura jusqu’à la disparition du pilote. Jim et Colin partagèrent les moments de gloire et les périodes difficiles.

 

La course automobile de cette époque, il est vrai, ne ressemblait pas à celle d’aujourd’hui. Les  compétitions y étaient aussi disputées. La concurrence ne manquait pas. Jim Clark affronta des pilotes redoutables et respectables tels que Stirling Moss, Jackie Stewart, Graham Hill, Dan Gurney, Jo Siffert, John Surtees, Jack Brabham, Lorenzo  Bandini, Phil Hill, Wolgang « Taffy » Von Trips, les frères Ricardo et Pedro Rodriguez, Bruce McLaren, Denny Hulme, Jacky Ickx, Jochen Rindt, Jean-Pierre Beltoise, Chris Amon… Un peu comme Jenson Button aujourd’hui, Jim Clark savait tirer la quintessence d’une voiture tout en la ménageant. Il était aussi un pilote éclectique qui courait dans de nombreuses disciplines en plus de la F1. Il s’engagea même dans des courses de voitures de tourisme et au RAC Rally avec des Ford Cortina Lotus.

 

JIM CLARK SUR CORTINA LOTUS

 

Le 7 avril 1968, le destin joua un bien vilain tour au champion aussi éclectique qu’exceptionnel qu’était Jim Clark. Le pilote écossais avait hésité entre deux courses désputées ce week-end-là, le  BOAC 500 où il  était pressenti sur un proto Ford Alan Mann V8 et l’épreuve de  F2 d’Hockenheim. Il semble que Jim ait été tenté par  le BOAC 500 qui se disputait en Angleterre et  j’ai lu que son amie aurait pu l’y accompagner alors que son emploi du temps ne lui permettait pas de le  suivre en Allemagne. Mais la confirmation de son engagement par Alan Mann tarda à arriver. En outre, il est vraisemblable que Colin Chapman ait préféré le voir sur une Lotus le 7 avril et que la complicité entre les deux hommes ait joué un rôle dans le choix de Jim. Le voyage en Allemagne serait fatal au pilote, mais ça, personne ne pouvait le savoir à l’avance.

 

Un homme simple et humble

 

Jim Clark resta toujours un homme humble. Il tenait à conserver un contact avec l’exploitation de la ferme de ses parents, même s’il reconnaissait que, compte tenu de ses obligations et du nombre de courses auxquelles il participait toutes disciplines confondues, c’était difficile. Il ne se prit jamais pour un extra-terrestre starisé malgré son génie et avouait tout simplement avoir été incité à aller bien plus loin en compétition automobile qu’il l’avait désiré à ses débuts. « On a dû me persuader de m’attaquer à  la compétition mondiale, écrivit-il dans son autobiographie. Je crois que j’ai bénéficié au bon moment des introductions nécessaires. Mais ce qui est le plus important, c’est que j’ai eu la chance de me trouver associé au génie de Colin Chapman. »

 

ELAN JIM CLARK

 

Une preuve supplémentaire que l’homme restait profondément attaché à ses valeurs réside dans son mode de logement lorsqu’il résidait à Paris. Pas de réservation dans un palace ni de gardes du corps comme certains enfants gâtés de la F1 du XXIème siècle. Non, Jim Clark s’installait tout simplement chez son ami Gérard Crombac à qui il offrit une de ses Lotus Elan.

 

Je me rappelle encore que durant l’été 1968, les radios diffusaient souvent « Si j’avais des millions », le dernier tube de Dalida :

 

Si j'avais des millions

Tchiribiribiribiribiribiriboum

Tout le jour à Bidibidiboum

Ah si j'étais cousu d'or,

 

fredonnait la ravissante chanteuse.

 

Pour ma part, je savais parfaitement ce que je ferais si j’étais cousu d’or. J’essaierais de ressembler le plus possible à mon héros à la modeste dimension que peut espérer un gentleman driver. Le programme tiendrait en trois points, réalisables après l’obtention de mon permis de conduire. D’abord, je suivrais les cours d’une école de pilotage. Ensuite, j’achèterais une GT avec laquelle je m’engagerais en équipage dans les courses d’endurance. Et je ferais aussi du rallye et de la course de  côte avec une Alpine ou une Cooper S…

 

Pascal Klein a créé un excellent site en langue française consacré à Jim Clark. Pour tout savoir ou presque sur cet immense champion, n’hésitez pas à cliquer sur :

www.jim-clark.fr

Publié dans Hommage

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team p 29/05/2017 19:36

merci pour ce super article bien écrit et qui se lit sans fin..

Charlie 13/04/2017 03:21

Merci pour ce bel hommage. J'ai pleuré le 7 avril 68 en apprenant sa mort :-(...