Bernie, Bernie, Bernie…

Publié le par Patrice Dusablon

Par Patrice Dusablon

 

Je dois admettre qu’une nouvelle m’a fait bien rire dernièrement au sujet du Grand Prix du Canada, « Bernie ne veux pas payer d’impôt » hehehe! Et pourtant, lorsqu’on regarde l’état actuel du futur calendrier 2010 ou la perspective à moyen terme des circuits européens, il n’y a pas de quoi rire! Sa dernière innovation, un Grand Prix de Corée du Sud en 2010.

 

Ce qui n’enchante pas à FOTA. "La Corée du Sud est un pays merveilleux et nous n’avons aucun problème avec ça, mais nous entendons que le circuit est à quatre ou cinq heures de la grande ville la plus proche. Il n’y a pas d’infrastructures, pas d’hôtels, pas de bons moyens de transport. Ça rend les choses difficiles pour les fans et les médias." a déclaré Martin Whitmarsh, team principal de McLaren Mercedes, cité par la publication allemande Auto Bild. Si le manque d’infrastructure n’est pas un problème, pourquoi en est-il un pour Magny-Cours? Il me semble qu’entre un retour rapide du Grand Prix de France et l’ajout d’une course en Corée du Sud, la priorité est facile à établir.

 

 Combien sommes-nous à vouloir en faire autant?


Décidément, Bernie va devoir mettre autant de conviction à revoir son modèle économique qu’à vanter « l’efficacité d’Hitler », car il devient de plus en plus insoutenable pour les pays hôtes. Normand Legault, ancien organisateur de l’épreuve de Montréal, qui a récemment réglé son différend commercial avec Ecclestone pour permettre le retour de la F1 au Canada, l’exprime très bien « À savoir si je serai impliqué à titre de promoteur local, j'ai déjà annoncé l'automne dernier que je ne souhaitais plus jouer ce rôle, compte tenu du modèle économique qui prévaut actuellement en F1, et qui rend dorénavant impossible la présentation d'un tel événement sur la seule base d'investissements privés, sans aide gouvernementale. »

 

 

L’échec du « Modèle Bernie »


La « ruée vers l’or » de Bernie c’est dernière années, qui préféra l’Asie et ses contrats juteux aux racines historique d’un sport qui a fait sa fortune, se retourne enfin peu à peu contre lui. Les événements démontrent de plus en plus que son approche mercantile de la F1 et sa volonté de profits à court terme place les promoteurs de Grand Prix dans une situation insoutenable financièrement, à moins que l’État n’accepte de combler les pertes annuelles, qui se chiffrent en millions d’Euro.

 

L’État de Victoria comble depuis longtemps les pertes du Grand Prix de Melbourne. Ecclestone a dû récemment prendre une participation dans le circuit d’Hockenheim pour garantir la tenue de l’épreuve 2010. Les circuits de Spa et du Nürburgring, tout deux en difficulté financière, envisagent une alternance vu leur proximité. Fuji a déjà déclaré forfait plus tôt cette saison. Enfin Bernie veut nous priver de Silverstone, une vraie « statue » pour l’histoire de la F1, pour aller à Donington, qui dépasse date limite par-dessus date limite juste pour amasser les fonds. Si on ajoute à ça qu’il n’y a pas eu de Grand Prix de France ni aucune course de F1 en Amérique du Nord en 2009, il me semble qu’on a un constat d’échec. Et comme on dit, il y a juste les fous qui ne changent pas d’idée. Faudrait le rappeler à Bernie!

 

 

Bientôt, il faudra donner les billets en Turquie!

 

Mais le plus grand échec de Bernie vient des nouveaux circuits eux-mêmes. D’abord le Grand Prix de Chine, qui n’envisage pas de renouveler son contrat avec la F1 à son expiration. C’est vrai qu’une cotisation qui avoisine les 30 millions d’Euro, c’est cher payé pour un grand Prix dont la billetterie est déficitaire. Il faut dire qu’il n’y a pas de culture du sport automobile en Chine. Et avec le niveau de vie moyen de la population, beaucoup ont mieux à faire de leur argent que d’aller regarder un sport pour lequel  ils n’avaient aucun intérêt avant que Bernie décide d’aller là-bas. Mais le meilleur exemple de l’échec du « Modèle Bernie » est bien la Turquie. Des estrades vides, qui sont peinturées de couleurs pour données l’illusion qu’il y a des spectateurs lorsque les caméras suivent les voitures à haute vitesse. Des zones de dégagement aussi grandes que des stationnements de centre commercial que l’enchainement 2009 avec Silverstone ont mis encore plus en évidence cette année.

 

De toute évidence, certains circuits devraient être estampillés « patrimoine historique de la F1 » et protégés de la perfidie d’Ecclestone et de ses successeurs. Je pense à des chefs d’œuvre comme Spa et Suzuka! Des « statues » comme Monaco, Silverstone, Monza et le Nürburgring. Mais aussi des circuits non européens comme Montréal et Interlagos, qui ont fait eux aussi leurs preuves. Pour avoir déjà assisté à quelques courses sur le circuit Gilles Villeneuve, je peux garantir que l’ambiance à toujours été au rendez-vous. Bref, rien à voir avec les Grands Prix de Chine ou de Turquie.

 

Le circuit Gilles Villeneuve, bien que moins ancien, fait aussi partie de l’histoire de la F1 et mérite donc sa place « assurée » dans les calendriers futurs. Les week-ends de Grand Prix, l’ambiance est formidable à Montréal! Les pilotes apprécient la ville, la courses et l’accueil toujours chaleureux des fans. Et les constructeurs de la FOTA sont bien décidés à y retourner "Il ne devrait y avoir aucun doute sur Montréal. L’Amérique du Nord est un grand marché. Dans le passé, nous avons tellement raté le coche avec l’Amérique du Nord que nous devrions y retourner gratuitement si nécessaire." a déclaré Martin Whitmarsh, team principal de McLaren Mercedes.

 

Enfin, à l’exception de 1987, le Grand Prix du Canada fut toujours disputé sur le circuit Gilles Villeneuve. Les courses y ont toujours été pleines d’action et d’émotion. La première victoire de Gilles Villeneuve lui-même devant les siens. La victoire de Jean Alesi, toujours très aimé des Québécois, sur Ferrari en 1995. La première victoire de Lewis Hamilton dès sa première saison en F1, en émergeant d’une course chaotique. Enfin l’accident de Kubica en 2007 et sa victoire en 2008 avec BMW, sa première en carrière, qui sonne comme une revanche du pilote sur le circuit. Bref, je doute qu’un jour, un fan de F1 pourra en dire autant en parlant du Grand Prix de Turquie!

 

 

L’éclosion d’un grand pilote à Montréal

 

Le vieux Picsou ne veut pas payer d’impôt!

 

C’est donc par un grand éclat de rire que j’ai accueilli l’inconfort de Bernie à payer de l’impôt. Qui s’est étonné d’apprendre que Bernie préfère recevoir que donner? Alors que plusieurs entreprises s’efforcent de démontrer leurs implications sociales, Bernie fait son Picsou!

 

 

Bernie, sort de ce corps!

 

Mais en réalité, ce n’est pas aussi simple que ça. Il n’est pas si simple de donner à Ecclestone des garanties écrites qu'il ne paiera pas d'impôt sur les sommes qu'il recevra des paliers de gouvernement du Canada. Selon André Lareau, professeur titulaire à l'Université Laval et fondateur du groupe de recherche pour l'avancement de la fiscalité et des finances publiques, ça dépend du type de somme qui est versée, redevance ou subvention. « Si c'est une redevance, et il se pourrait que ce soit une redevance payée sous le couvert de subventions, il doit payer un impôt de retenue, de l'ordre de 10 % pour un résident du Royaume-Uni. Il ne peut pas s'en sortir. Si c'est une subvention, et qu'elle est versée à un non-résident qui n'a pas aux fins fiscales d'établissement stable au Canada, il y a zéro impôt canadien à payer sur la subvention », confirme André Lareau.

 

De plus, Bernie Ecclestone ne peut pas demander de garantie pour la durée du contrat. « Le Canada ne procède pas ainsi. Ça se fait en Suisse. Au Canada, on ne peut pas avoir de garantie que la loi ne changera pas. Il pourrait y avoir une telle décision qui liera le ministre, mais elle ne le liera pas si la loi est modifiée par la suite, parce que les gouvernements sont autonomes et peuvent modifier les lois comme ils l'entendent », conclut M. Lareau. Donc, Bernie Ecclestone devra se croiser les doigts que le gouvernement en place ne modifiera pas les lois fiscales pour la durée du contrat liant le Canada à la F1.

 

Enfin, il y a également une garantie que les politiciens canadiens doivent avoir avant de signer un contrat de cinq ans avec Ecclestone, l’état de la F1 en 2013-14! Pour rappel, l’Accord Concodre n’a été signé que pour 2010-12. Qu’adviendra-t-il des années 2013-14? Bernie peut-il garantir que les équipes de la FOTA n’organiseront pas un championnat parallèle? Surement pas! Qui achètera des billets à ce prix pour une course qui ne regroupe pas les meilleurs pilotes et des équipes comme Ferrari et McLaren? Personne!

 

En juin dernier, le maire Tremblay avait manifesté une certaine inquiétude à cet égard, alors que circulait l’idée d’un championnat parallèle FOTA. Monsieur Tremblay avait alors affirmé qu'une éventuelle entente serait assortie de clauses stipulant que les grandes écuries seraient présentes à Montréal. Et on ne peut qu’approuver cette clairvoyance, car Ferrari vient récemment de confirmer ces craintes "Nous avons un contrat qui se termine en 2012, nous avons donc le temps d’envisager quoi faire ensuite. La Formule 1 a besoin de renouveau, de réanimer l’intérêt et de rétablir une nouvelle fois sa crédibilité, avec des règles qui ne changent pas chaque jour," a déclaré Luca di Montezemolo, dans une interview avec la télévision italienne Sky Italia. L’Italien a également ajouté qu’il n’aimait pas "cette Formule 1" d’aujourd’hui.

 

Donc, lorsque la presse souligne qu’il y a que « des détails » à régler, j’espère que la question des années 2013-14 du contrat en fait partie. Mais surtout, j’espère que la question d’avoir un Grand Prix du Canada à l’avenir sera réglée sous peu! Car depuis l’ultimatum de Bernie qui s’est terminé à Suzuka depuis plus d’une semaine, aucune information n’a filtré. Bon signe ou mauvais signe, avec Bernie, on sait jamais!

  

 

Certains ont prétendu que le vrai cerveau de l’affaire de l’attaque du train postal, c’était lui, Bernie. Un de nos informateurs nous a rapporté que lorsque la question lui est posée, il répond « vous plaisantez, je ne me déplace pas pour un pourboire ». La F1 est beaucoup plus rentable que les braquages, il est vrai. Spaggiari s’est trompé de métier.

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