Après Ferrari, Mercedes? – Première partie

Publié le par Patrice Dusablon

Par Patrice Dusablon

 

La F1 est actuellement en crise et en pleine mutation. Les décisions arbitraires, les scandales, les annonces chocs et les luttes de pouvoir se succèdent ces dernières années. Le bouleversement récent de la hiérarchie, le départ massif de multinationales (constructeurs ou sponsors), l’arrivée de nouveaux joueurs, des circuits historiques en faillite, la nécessité de réduire les coûts ou l’arrivée de Todt à la FIA, voilà une multitude de facteurs qui influent sur l’avenir de notre sport favori. Ils méritent réflexion.

 

C’est pourquoi lors de l’intersaison, Confidentiel Paddocks vous proposera une série de textes à caractère éditorialiste avec une nouvelle catégorie qui leur sera dédiée. Des textes sur l’avenir de la F1 et d’autres sujets feront partie de cette catégorie. Au-delà des simples rumeurs ou des revues de presse des médias de langues étrangères qui permettent au mieux d’être « le premier » sans qu’il n’y ait une vrai analyse de fond, Confidentiel Paddocks préfère analyser des sujets de fond avec du recul. Soit un mélange d’histoire récente et d’actualité basé sur des faits et des citations dont les sources se vérifient. Le texte qui suit fait partie de cette nouvelle série qui animera à l’avenir Confidentiel Paddocks.

 

La F1 a connu plusieurs ères et plusieurs cycles tout au long de sa glorieuse histoire. Par exemple, on parle de la F1 « des artisans » pour les années 80-90 ou de la F1 « des constructeurs » pour décrire la dernière décennie de F1. De la même manière, certaines équipes ont su marquer les mémoires, tant par leurs faits d’armes et les personnages qui les composèrent que par leur domination à une époque donnée. Les années 90 furent marquées par la domination des écuries britanniques, McLaren et Williams en tête. Mais également Benetton, où la présence de Michael Schumacher et Ross Brawn fut probablement déterminante. Les deux hommes ont gagné leurs premiers titres ensemble dans cette équipe, plusieurs autres n’ont pas tardé à suivre. En fait, ils sont les deux plus titrés de la F1.

 

 

Les deux Grands de la F1

 

Et s’il y a bien un manager qui a vu en eux les pièces maitresse de son casse tête, c’est nul autre que Jean Todt chez Ferrari. Artisan du succès chez Peugeot en rallye au temps des fabuleuses groupe B, au Dakar et aux 24 heures du Mans, Todt arriva chez les Rouges en 1993. Son défi, remettre la Scuderia à un niveau digne de son prestige. Internationalisation de l’équipe bien qu’elle soit très italienne, affranchissement face à l’influence de la presse italienne et surtout… débaucher Schumacher et Brawn de chez Benetton. Allié au talentueux designer Rory Byrne dès 1997, ils devinrent le « dream team » Ferrari. L’association Todt-Brawn-Schumacher-Byrne remporta précisément six titres constructeurs et cinq titres pilotes consécutif de 1999 à 2004, du jamais vu!

 

Toutefois, Ferrari est-elle toujours aujourd’hui une valeur sûre? Todt est à la FIA, Brawn est champion 2009 avec sa propre équipe et il existe même des rumeurs qui placent Schumi chez Mercedes en 2010 bien qu’il semble que ce soit peu probable. Bref, seul Byrne sera toujours en rouge en 2010 et ce à titre de consultant, rôle qu’il occupe depuis 2006. Ainsi, lorsqu’Alonso déclare "Ferrari est une marque faite pour courir ; parfois ils remportent le titre, parfois pas, mais il n’y a pas de périodes désastreuses. Je pense que Ferrari est l’option la plus sûre pour tout pilote." Certes, il n’a pas nécessairement tort, Ferrari joue le titre quasiment tous les ans depuis 1997 et il n’y a aucun expert de la F1 qui exclura d’entré de jeu la Scuderia des favoris 2010.

 

Le triumvirat de Ferrari

 

Reste que la donne a bien changé depuis le départ de Todt. Contrairement à McLaren, dont Ron Dennis en « bon roi » a su assurer sa succession méthodiquement avec Martin Withmarsh, l’annonce du départ de Todt chez Ferrari a sonné comme un coup de tonnerre. D’ailleurs il y aurait des frictions entre Todt et la Scuderia, ce qui explique sûrement l’impréparation de Domenicali au poste de team manager, avec les résultats que l’on connait. S’il a pu « surfer » sur les acquis chèrement mis en place par Todt dans la première moitié de saison 2008, la fin de saison 2008 montre clairement que Ferrari n’est déjà plus ce qu’elle était. Erreur dans les puits, manque de réactivité aux situations de courses changeantes et surtout problème de fiabilité. Comme si la main de fer qui a permis au département de la qualité des Rouges, d’une importance majeure en F1, de faire des merveilles de fiabilité, s’était ramollie. L’équipe de course, qui était sous Todt disciplinée et réactive comme un commando d’élite est maintenant devenue le talon d’Achille de Ferrari.

 

Quel avenir pour la Scuderia en 2010? Difficile à dire ! 2009 a montré que Ferrari a du mal à s’adapter à l’abolition des essais privés. Le retard pris dans l’utilisation des simulateurs dernier cri, acquis que récemment, n’est pas de bon augure pour les rouges. On peut également se poser la question à savoir qui de Ferrari ou McLaren a choisit la bonne stratégie matière de développement pour 2010. Si la Scuderia se consacra très tôt sur la saison 2010, McLaren a développé sa voiture jusqu’à la fin de la saison 2009, jugeant les données recueilli transférable sur la voiture 2010. Et les Gris semblent avoir vu juste, la voiture 2010 serait déjà plus rapide que la 2009. Parallèlement, Ferrari ne communique pas du tout sur ses travaux 2010 alors qu’elle devrait être la plus avancée des équipes de pointe. De plus, les interrogations sur la cohabitation d’un duo de pilote si bouillant laissent-elles un nuage gris au dessus de Maranello? Cependant, les statistiques citées plus haut montrent surtout qu’on ne peut jamais exclure la Scuderia d’entrée de jeu! Donc « wait and see ».

 

Un nouveau « Dream team »?

 

La révolution technique de 2009 et l’abolition des essais fut dure pour toutes les équipes de pointe cette saison, mais pour des concepteurs comme Brawn et Newey, elle fut l’opportunité de faire « passer un step » à leurs équipes. Rusé et fin stratège comme à son habitude, Ross sut exploiter à fond les détails du règlement technique. Mais il a surtout démontré, à titre de team manager, qu’il est un administrateur hors pair ! L’intégration du moteur Mercedes en seulement six semaines en est un bel exemple. Si les ressources limitées de Brawn GP faisaient douter de la possibilité pour Ross Brawn de défendre sa couronne en 2010, l’arrivé de Mercedes, avec des fonds et Nico Rosberg dans sa valise, laisse présager de beaux jours pour l’écurie de Brackley.

 

Nous pouvons faire de grandes choses ensemble

 

Surtout que la venue de Norbert Haug dans la gestion commerciale de l’équipe est salutaire. La question se pose d’ailleurs sur la place de Nick Fry dans Mercedes GP. Piètre responsable des affaires commerciales, Brawn GP a mené les deux championnats 2009 presque vide de sponsors. Le concept bidon « My earth dream » avait déjà démontré par le passé la valeur de Fry sur le plan marketing. Loin d’être dupe, tous ont compris que l’opération visait plus à cacher l’absence de sponsor qu’à aider la planète. Ross étant responsable de l’équipe, Haug du volet commercial et des pilotes, voilà un binôme qui semble à la hauteur des attentes! Malgré la crise et l’exode des autres constructeurs en F1, Haug a su convaincre les autorités de Mercedes et Daimler que la F1 était rentable, chapeau!

 

La nomination de Rosberg chez Mercedes est l’avènement du plus grand secret de polichinelle de l’intersaison. Pilote intelligent, surdoué et parlant cinq langues, Rosberg allie talent et image, tant un gage de succès que de sûreté pour une entreprise de luxe comme Mercedes. Sa loyauté envers Williams, la façon dont il a porté cette équipe à bout de bras ces dernières années démontre que Nico est prêt pour un top team. Il l’est probablement depuis un bon moment, comme le résuma bien Gerhard Berger ."Pour le moment, nous ne voyons pas le vrai potentiel de Rosberg. Les progrès de l'équipe Williams ne sont pas aussi rapides que ceux de Nico Rosberg. Il est prêt à passer à la prochaine étape,".

 

En 2002, Mercedes avait choisit Kimi

 

Reste maintenant qui sera l’équipier de Nico? Et les rumeurs vont bon train! Schumi est même cité, bien que ce soit peu probable. Kimi et Heidfeld sont en tête de la liste, avec Nick comme favori selon la presse. En termes de performances, Kimi est le choix logique même si Nick vaut mieux que sa réputation qui souffre – comme le Champion  du monde finlandais - d’une discrétion décalée dans le monde d’artifices et de  paillettes de la F1 vénale et souvent amorale d’aujourd’hui. Mais les rumeurs d’un accord entre Kimi et Peter Solberg en WRC sèment le doute. Nick étant de nationalité allemande et « ancien poucin » de Mercedes d’une part, les agents de Kimi négociant comme si le dédit de Ferrari n’existait pas, Mercedes hésite toujours. Même si je ne peux cacher que je souhaite vraiment que ce soit Kimi, peu importe lequel des deux qui sera choisit ce sera un excellent choix!

 

Avec Kimi, Mercedes aura un champion du monde à bord et surtout un pilote ayant probablement le plus beau coup de volant du plateau. Avec deux pilotes de pointe comme Kimi et Nico, Mercedes aurait sans doute le meilleur duo de pilotes 2010. Deux pilotes rapides traités avec équité et ayant tous les deux le droit de s’exprimer sans artifices ni privilèges suspects. Avec Nick, Mercedes aurait le pilote le plus sous évalué (dommage d’ailleurs) de la F1! Un pilote de second plan digne, constant et fin metteur au point. Rapide, extrêmement difficile à dépasser, rappelons qu’Heidfeld fut devant Kubica deux années sur trois. Heidfeld n’a jamais eu la vie facile au niveau des coéquipiers : Jean Alesi (chez Prost Grand-Prix lors de sa première saison), Kimi, Massa, Pantano, Webber et Kubica ensuite. Pourtant, il s’est toujours montré à son avantage.

 

Nico n'est pas un vainqueur de GP?

 

Certains incrédules diront qu’un duo Nico/Heidfeld ne comporte aucun vainqueur de Grand Prix. Mais j’aimerais retourner ceux-ci à « leurs livres d’histoire », afin qu’ils se rappellent en détail le GP de Singapour 2008, dont Nico fut au premier plan dès les qualifications et surtout second sur le podium. Sans les supercheries de Flavio et de ses compères, Nico aurait probablement pu gagner à la régulière avec une Williams bien en dessous des équipes de pointe. Mais étant donné qu’avec des « si » on pourrait mettre Paris en bouteille, les résultats du GP furent maintenus et restent ce qu’ils sont, Nico est second, point. L’histoire à préféré retenir ceci : « On ne peut jamais décider d'une course au 12e ou 13e tour. Il y en a plus de 60. Il peut tout se passer. Là, tout s'est déroulé à la perfection. La voiture était parfaite. On a gagné à cause de nombreux facteurs : les problèmes de ceux de devant, notre bonne course - nous étions les plus rapides en piste -, nous n'avons pas commis d'erreur. »  Dixit avec « un réserve, une dignité, une modestie et un sens de l’honneur »  qui lui sont tout à fait … « personnels » Son Altesse Sérénissime  Alonso sur le « crashgate » de Singapour 2008. Pour ma part, je préfère demander : « Nico n’est-il pas un vainqueur de GP? »

 

Mais peu importe la réponse, je suis convaincu que les prochaines années pourraient bien voir en Mercedes une nouvelle « dynastie » en F1. L’association de Brawn-Haug-Rosberg-Kimi/Nick? pourrait se révéler flamboyante à l’avenir. Personne ne peut prédire le futur et ce n’est pas ma prétention ici. Mais il y a une chose dont je suis sûr, à l’heure  où le poker fait fureur dans le monde entier, Mercedes n’a pas besoin de bluffer. Le team allemand possède de très bonnes cartes dans son jeu pour prétendre assumer  ce rôle !

Publié dans Éditorial

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