2009, la saison folle

Publié le par Patrice Dusablon

Par Patrice Dusablon

 

La saison 2009 fut une des plus mouvementées qu’ont ait vues ces dernières années. Si les nombreux changements techniques ont permis un chamboulement de la hiérarchie qui fut bénéfique, particulièrement en seconde moitié de saison avec le regain de forme de Ferrari et McLaren, on peut déplorer que les tractations de coulisse de la F1 aient souvent pris le dessus sur le sport, comme l’ont déploré plusieurs pilotes. «Je n'étais pas à 100% sûr de vouloir rester en F1 pour les cinq prochaines années. Il y a eu beaucoup d’hésitation. Vous aimeriez rester en F1 avec des gens qui vous manipulent?» avait lancé Hamilton après le « Liegate » de Melbourne.

 

Et Robert Kubica va encore plus loin "Il y a trop de politique! Ce n'est pas bon pour le sport, pas bon pour moi et pas bon pour le public." déclare Kubica dans les colonnes du Evening Standard. "Je n'avais jamais vu ça et il est difficile de savoir quels ont été les effets néfastes de cette tempête. Ce fut assurément l'une des pires années pour la F1. Tout ce que je veux, c'est pouvoir me concentrer à 100% sur ce que j'aime, c'est-à-dire le pilotage. Cela n'a pas été possible cette année", ajoute le pilote polonais. Bref, l’interventionnisme douteux de la FIA, les scandales et les luttes de pouvoir furent les fléaux qu’a dû subir notre sport favori en 2009.

 

Maudite politique!

 

D’entré de jeu, la FIA n’a pas déçu ses détracteurs en voulant forcer le concept de médaille de Bernie avant le début de la saison alors que toutes les équipes étaient contre. Un présage pour l’avenir… Ensuite, ce fut l’épisode douteux du « liegate » avec McLaren et l’incapacité de la FIA de gérer les crises comme le double diffuseur ou encore à prendre une décision en Malaisie, alors que tous savaient que c’était fini! Et le pire était à venir. Car l’entêtement de Mosley sur la F1 à deux vitesses a bien faillit faire exploser la discipline, avec la menace de championnat parallèle de la FOTA. Heureusement, la F1 en est sortie indemne, juste à temps pour encaisser tout le discrédit que la « crashgate » allait faire tomber sur elle.

 

"Let's get ready to rumble!"


Déjà discrédité en 2008 pour ses fantasmes dérangeants et politiquement incorrects, Mosley voulut marquer en 2009 son retour « accepté » dans le Paddock et marquer les esprit avec de grands changements qui lui auraient probablement permis de briguer un autre mandat à la FIA en octobre dernier. C’est donc un homme usé par le pouvoir qui partit au front contre la FOTA pour faire valoir ses points sur le budget capé et la F1 à deux vitesses. Mais la menace de championnat parallèle était trop grande et Bernie trancha finalement pour la FOTA. Voyant ces milliards pouvant s’envoler pour un autre promoteur, il laissa à lui-même son « bon ami » Max pour une seconde fois en deux ans.

 

Battu, déchu, devant reculer sur tout, le mieux que Mosley réussit à obtenir fut une porte de sortie honorable. La promesse de ne pas être humilié dans les médias par la FOTA et plus particulièrement par Montezemolo avec qui le combat était rendu personnel, en échange de ne pas se présenter aux élections de la FIA d’octobre 2009. Ce qui lui permit de rester virtuellement président de la FIA tel une marionnette jusqu’à la fin de son mandat. Et ce fut suffisant à Mosley pour assoir sa vengeance. D’abord en faisant élire Jean Todt comme successeur à la FIA, dont les relations avec Montezemolo seraient tendues malgré les démentis officiels dans la presse. Pour ce qui est de Briatore, le « clan Piquet » lui offrit sa tête sur un plateau d’argent…

 

Le plus grand « Hold up » de la F1

 

Le « crashgate » est sans conteste le plus grand scandale de l’histoire de la F1. S’il devait y avoir une photo dans le dictionnaire au côté des mots tricherie, manigance et discrédit, celle plus haut serait excellente! Car soyons honnête, c’est le genre d’histoire que l’on voit dans les films de courses de chevaux ou de casino avec des paris truqués et des dés pipés! Manigancé par Flavio de toute pièce pour gâter son poulain, cet épisode noir de la F1 constitue un acte digne des grands mafieux!

 

Bien que les auteurs reconnus par les autorités officielles furent punis (provisoirement?), Flavio Briatore en tête, plusieurs ne sont pas satisfaits "Le scandale d'espionnage McLaren il y a deux ans était extrêmement sérieux, mais les mécaniciens ont toujours discuté entre eux de données techniques. Ceci, cependant, est nouveau. La Fédération internationale de l'automobile (FIA) doit punir Renault pour rétablir la crédibilité de ce sport », a expliqué l'ancienne gloire de Ferrari Niki Lauda. "Je n'ai jamais vu en F1 une telle folie autodestructrice, " lance Stewart, cité dans le Sun. "Des millions d'admirateurs sont abasourdis, sinon écoeurés, de voir le sport aller de crise en crise et tout le monde en rejeter la faute sur les autres."

La saison 2009 laissera donc ses traces sur le visage politique de la F1 des prochaines années! Comme dans toute lutte politique, plusieurs têtes sont tombées en 2009. En premier lieu Ron Denis, qui quitta la direction de l’équipe McLaren suite au « liegate », afin d’offrir à son équipe un avenir qu’on pourrait qualifier de « moins pénalisant ». Flavio Briatore, Pat Symond, et Max Mosley…OUT! Les reines de la FIA sont maintenant à Jean Todt. Au final, Montezemolo est le seul qui reste debout, mais il aura Todt dans les pattes… Avec en trame de fond, Bernie Eccelstone, dont la sénilité est à l’image de sa fortune, qui continue sa « coupe à blanc » dans les circuits historiques et vante l’efficacité d’Hitler et les bienfaits économiques de la mort de Senna!

 

La sécurité, un combat de longue haleine

 

Avec deux pilotes forfaits en fin de saison, il serait malsain de ne pas parler de sécurité dans le bilan de la saison 2009. Les accidents de Felipe Massa en Hongrie et de Timo Glock au Japon démontrent que même la très technologique F1 n’est pas à l’abri! Mais c’est la discipline sœur de la F1, la F2, qui nous l’a cruellement rappelé avec la mort de Henry Surtees, fils du champion de F1 John Surtees, à Brands Hatch le 19 juillet 2009. La course automobile est un sport dangereux et le restera sûrement toujours. On peut réduire les risques et atténuer les conséquences des accidents, au bout du compte, personne n’ira regarder des courses de voitures téléguidées. Les pilotes seront donc toujours exposés au danger.

 

Ferrari le laissera-t-il se battre en 2010?

 

L’accident de Massa, heurté par le ressort de suspension de la Brawn GP de son ami Barrichello, démontre qu’il reste encore des défis à la FIA en terme de sécurité. Et c’est Kimi Raïkkönen qui met le doigt sur le point sensible "tant que nous courrons avec des voitures ouvertes, notre tête sera toujours la première à risquer d'être touchée si quelque chose s'envole." La mort de Henry Surtees, qui a reçu une roue d’une voiture accidentée, amplifie ce point de vue. Mais soyons rassurés, le casque de Massa a tout de même fait son travail " (...) Le casque qu'utilisait Felipe Massa a pu jouer un rôle significatif dans la limitation des blessures infligées au pilote. Le casque de norme FIA-8860, qui a pris 8 années de développement, fournit une sécurité renforcée dans tous les points d'impact étudiés." déclare la FIA. Et ce n’est pas faux! C’est juste que le ressort a frappé le maillon faible du casque, la visière… Il reste donc du travail en perspective!

 

 

L’accident de Glock ne fut pas plus spectaculaire de prime abord que les nombreuses autres sorties de pistes qui marquèrent le retour de Suzuka au calendrier. Un vrai circuit de pilote que les rookies ont appris à respecter en cette édition 2009. Mais pourtant, l’aspect « spectaculaire » de l’accident n’est pas un gage de bon dénouement en sport automobile. Par exemple, il suffit de regarder l’accident de Joey Logano à Dover en NASCAR en septembre 2009, beaucoup de tonneaux mais il s’en ait sortie indemne. Alors que l’accident de Dale Earnhardt le 18 février 2001 à Daytona Beach, Floride dans le dernier tour du Daytona 500 paraissait mineur et pourtant il fut fatal. Comme dans la vie en général, les apparences peuvent être souvent trompeuses suite à un accident en course automobile. Si l’accident de Kubica à Montréal en 2007 démontre tout le chemin qui a été parcouru en termes de sécurité en F1, au grand mérite de Mosley et de son prédécesseur Jean-Marie Balestre, il faut bien l’avouer’, l’accident de Timo Glock, qui a une fêlure à l’une de ses vertèbres depuis, démontre qu’une F1 qui fonce dans le mur, ça frappe fort!  

 

Le « cercueil » de Timo chez Toyota, Kobayashi en profita

 

Bref, il ne faut pas lâcher! La sécurité est un combat de longue haleine… Et le sport automobile se doit de le gagner!

 

De nouveaux venus dans la cour des grands

 

Heureusement, sur la piste, la saison 2009 fut un succès. Nous avons tous eu peur après la victoire de Button en Turquie. On se disait « c’est joué, Button est champion », eh bien non! La saison 2009 a été très disputée, les performances des écuries furent diversifiées. Six vainqueurs différents, le premier podium de Force India, la première victoire de Mark Weber malgré sa blessure et le retour du vétéran Rubens sur la plus la plus haute marche du podium. Mais surtout, la saison 2009 couronna un champion (Jenson Button) que l’on attendait depuis longtemps et qui a prouvé, malgré son chômage virtuel de l’intersaison, qu’il avait encore un bel avenir en F1. Pour le vice-champion (Sebastian Vettel), il s’agit d’un pilote qui confirma les espoirs mis sur lui à Monza 2008 et qu’il faudrait compter sur lui à l’avenir. 
  

Un duo intergénérationnel gagnant chez Red Bull

 

En 2009, les concurrents ne furent les mêmes que ces dernière années. Ferrari et McLaren se sont encore battu jusqu’au dernier Grand Prix, mais pour la troisième place au championnat. La cours des grands s’est agrandie! Red Bull et Brawn GP en font maintenant partie. L’association Newey/Horner fut convaincante! Le meilleur concepteur  Adrian Newey fait équipe avec le plus jeune Team Manager de la F1, Christian Horner. Comme Vettel, Horner confirma les espoirs placé en lui "Je ne vois aucune raison de ne pas pouvoir bâtir l’avenir dans la continuité et le succès que nous avons connu cette année, mais nous aurons à coup sûr des adversaires formidables. "

 

" Nous devons nous rappeler que nous sommes encore une équipe indépendante et je pense que l’équipe peut être fier de ce que nous avons accompli cette année. Comme je l’ai déjà dit, nous serons un groupe plus fort pour la saison prochaine. Si vous passez en revue la saison, je suis sûr que chaque pilote et chaque équipe a connu une période de malchance aussi, mais je pense que nous avons eu notre lot de malchance cette année. Nous devons aussi voir cela comme une saison vraiment forte. "

 

"Nous avons gagné notre cinquième Grand Prix au Brésil. Nous avons marqué plus de 130 points, nous avons obtenu notre quatorzième podium. Nous avons réalisé trois doublés jusqu’à présent, et je pense que les progrès que Red Bull a faits sont vraiment significatifs. Et nous avons beaucoup appris de cette saison, notre équipe sera plus forte. Et je suis sûr que Sebastian [Vettel], qui est si jeune, est un futur champion du monde." Bref, le jeune prodige des Team Manager a retenu la leçon! Et s’in continu comme ça, il fera partie des Jean Todt, Ron Denis et David Richards de la F1. Pour ma part, je pense qu’il est difficile d’exclure Red Bull pour 2010.  

 

Brawn GP, Vēnī, vīdī, vīcī

 

Ross Brawn peut être fier! C’est lui qui a gagné le plus de championnats en F1, dont deux avec sa propre équipe. L’accomplissement d’une carrière exceptionnelle, dont une participation majeure aux sept titres de Michael Schumacher. Pourtant, malgré une domination outrancière en première moitié de saison, la BGP est restée pratiquement vierge de sponsors en 2009. Dommage pour ceux qui ont hésité, car Brawn a encore une fois tout raflé. Avec l’arrivée probable de Nico Rosberg dans ses rangs et la reconduction quasi assurée de Button pour 2010, Brawn aura un peut-être le meilleur duo de pilote 2010! Et pour un tel stratège, qui s’est bien démarqué en Malaisie et à Monza, c’est deux fois un pilote capable d’être champion! Donc une excellente nouvelle pour celui qui a gagné le plus de championnats en F1. He oui, il faudra surement encore compter sur Brawn en 2010!

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